Soigner ou conduire, il faut choisir

Celui qui conduit, c’est celui qui n’est pas de garde

Plus de la moitié des jeunes anesthésistes anglais ont déjà eu un accident (ou failli en avoir un) en rentrant chez eux en voiture après une garde de nuit. Un plaidoyer implacable pour les transports en commun ?

C’est le petit matin. La nuit de garde a été longue et difficile. Vous rentrez chez vous, et malgré l’autoradio qui beugle tant qu’il peut pour vous maintenir éveillé, vos paupières se font de plus en plus lourdes. Soudain, de furieux coups de klaxon vous sortent de votre torpeur : un camionneur vous a sauvé la vie, effrayé par la trajectoire en forme d’ECG que dessinait votre véhicule.

Cette expérience a été vécue par bien des confrères qui travaillent de nuit. Mais combien exactement ? Pour la première fois, une étude anglaise a tenté de mettre un chiffre sur le phénomène. Et il a de quoi faire frémir : 57 %. C’est la proportion des jeunes médecins anglais qui ont déclaré lors d’une enquête de grande ampleur avoir déjà eu un accident, ou failli en avoir un, sur le trajet du retour après une garde nuit. Par ailleurs, une immense majorité des interrogés (84 %) s'est déjà sentie trop fatiguée pour conduire au terme d’un « shift » particulièrement difficile.

Cette étude portait sur 2 231 junior doctors (statut sous lequel on peut trouver à la fois l’équivalent de nos internes et celui de nos chefs de clinique ou assistants) en anesthésie. Elle montre également que la fatigue au travail a chez ces praticiens des répercussions qui vont bien au-delà de la sécurité routière. 74 % des professionnels ont ainsi indiqué que le manque de sommeil avait un effet sur leur santé physique, 71 % ont affirmé qu’il impactait leur bien-être psychologique et 68 % ont estimé qu’il pesait sur leurs relations sociales. De quoi enlever une bonne partie de son pouvoir comique à la blague de l’anesthésiste endormi.

Les anesth’, spécialistes de la fatigue bien malgré eux

Les résultats de ces travaux britanniques ne surprennent pas Olivier Le Pennetier, président de l’Intersyndicat national des internes (Isni). Celui-ci indique que les anesthésistes-réanimateurs travaillent fréquemment sur le sujet de la fatigue post-garde. Parmi les spés', ces praticiens font partie de ceux les plus souvent mobilisés la nuit. « C’est quelque chose de déjà connu depuis quelques années », note-t-il, remarquant toutefois que les études portent habituellement sur la diminution des facultés psychomotrices des anesth’-réa' en raison de la fatigue, et non sur les accidents de voiture dont ils sont victime. Sur le thème de la sécurité routière proprement dit, il n’y a d’ailleurs à sa connaissance « pas de registre ou d’observatoire ».

« C’est une raison de plus pour appuyer sur la nécessité du repos de sécurité », affirme le syndicaliste. Sauf que repos de sécurité ou pas, il faut bien rentrer chez soi après une garde ! De préférence en un seul morceau. Restent deux solutions : dormir à l’internat ou prendre le bus. « Cela demande un peu d’anticipation, et on perd parfois une heure dans les transports, reconnaît le président de l’Isni. Mais au moins on ne se met pas en danger. »

Source: 

Adrien Renaud

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