SEE YOU SOON AU CAMEROUN

Un an, ce peut être beaucoup. Mais, un an À l’extrême nord du Cameroun, en zone sahélienne, À travailler auprès d’enfants dans un petit hôpital de brousse, ca passe À toute vitesse !

/// Partir

Je suis pédiatre, et depuis le début de mes études de médecine, j’avais un objectif: partir en humanitaire. Voilà, maintenant, c’est fait! Je suis partie, avec mon conjoint infectiologue dans les bagages. On savait peu de choses sur ce qui nous attendait, en fait.

Pour résumer : hôpital privé de Tokombéré, 130 lits, 2 médecins camerounais sur place, pleine population rurale. Pour le reste, l’inconnu !

/// Découvrir, regarder, écouter et surtout…s’adapter

J’étais logée dans une petite maison en dur. Il y avait même l’eau courante, l’électricité et des ventilateurs. Ici, il peut faire jusqu’à 45 °C mais la clim’ est rare, autant dire que j’étais vraiment privilégiée ! La vie est simple, très simple même. Sans ciné, ni salle de spectacle, il règne à Tokombéré un calme appréciable. Quelques bars pour aller boire une grande bière sous les étoiles avec les copains, le grand marché tous les mardis et un plus petit tous les jours au coin de la rue, pas de boulanger ni de produits frais. Plutôt frugal, le régime ! Faut faire avec les produits locaux et vivre avec les saisons !

J’appréciais particulièrement la proximité de la brousse pour m’évader un peu le week-end au milieu des champs de mil, surtout lorsqu’ils reverdissaient avec le retour de la pluie. Un délice pour les yeux.

/// Parler

J’ai été bien sûr confrontée aux difficultés de la communication. Tous mes collègues de l’hôpital parlaient français, mais près de la moitié des patients n’échangeaient que dans l’un des 8 dialectes locaux. Mission impossible !

J’ai appris quelques mots du principal dialecte pour pouvoir me débrouiller lors de l’interrogatoire de base de pédia’, ce qui a conduit à un certain nombre de fous rires avec les mamans, sans qu’on se comprenne vraiment !

Mais j’avais quand même presque toujours besoin d’un interprète, voire de 2 parfois ! Et la précision des réponses restait malgré tout douteuse. Du coup, je posais beaucoup de questions fermées. Et, j’ai surtout développé mon sens clinique !

/// Travailler…

J’allais à l’hôpital à pied, dans le sable. Pas de goudron dans le village ! Le rythme était très soutenu, au contraire des à priori. En bonus, on travaillait tous les samedis matins, et la chaleur rn’aidait pas ! Aucun ventilateur dans les chambres pour le coup. Et avec 10 patients par pièce, la température culmine!

Avec cette promiscuité, question secret médical… y a fort à faire… J’ai rapidement fait corps avec l’ensemble du personnel. Je faisais la ronde les lundis, mercredis et vendredis avec les infirmiers, qui savaient beaucoup de choses et étaient particulièrement autonomes.

Les mamans restaient nécessairement avec leur(s)enfant(s) pendant toute l’hospitalisation : ce sont elles qui s’occupaient de préparer les repas, faire la toilette, laver le linge… l’hôpital n’assurait pas l’hôtellerie, en dehors du lit.

/// Bosser…

Juste à côté du service, la salle de vaccination était ouverte tous les jours. Sauf le jeudi où l’hôpital fonctionnait au ralenti. Parce que ce jour-là, c’était le jour des «soins de santé primaires » pour la population des villages alentours : pesée, animations, vaccinations, consultations prénatales… Et ça, le médecin-chef de l’hôpital, un prêtre français qui vit à Tokombéré depuis 1975, y tient beaucoup : «les villageois doivent être acteurs de leur santé et s’impliquer !» dit-il convaincu. D’ailleurs, l’hôpital est inscrit dans le Projet de promotion humaine de Tokombéré qui promeut la santé, mais aussi l’éducation, l’agriculture, les droits des femmes et la considération de la jeunesse.

À Tokombéré, il faut savoir que pour les patients, tout est payant: l’hospitalisation, les bilans, les traitements ! Et malheureusement, parfois l’argent passe directement dans la poche de certains personnels plutôt corrompus…

Il faut donc faire avec les moyens du bord : « créat », mais pas de iono, « hématocrite », mais pas de NFS, « examen direct » mais pas de culture, « sérologies VIH, VHB et C » mais pas de CRP… et toujours hiérarchiser ! Et si un examen permettait uniquement de conforter mon diagnostic sans avoir d’implication thérapeutique, alors mieux valait laisser tomber.

Peu de diagnostics de certitude : C’était frustrant parfois, déstabilisant souvent…

/// Et trimer !

Je voyais beaucoup de pathologies tropicales : paludisme grave compliqué d’anémie sévère, de convulsions voire de coma, diarrhée et déshydratation, infection pulmonaire, méningite, drépanocytose, tuberculose, quelques découvertes de VIH (le plus souvent au stade SIDA).

Un terrain de malnutrition sous-jacente est diagnostiqué chez plus de la moitié des enfants hospitalisés. 3 jours par semaine, les malnutris peu sévères ou en post-hospitalisation sont d’ailleurs accueillis en externe avec leurs mamans pour la pesée hebdo, les conseils et la distribution de pâte nutritionnelle enrichie.

Régulièrement, des enfants arrivent dans un état critique, souvent suite à un retard à la consultation (manque d’argent, consultation initiale chez le «tradipraticien», travaux des champs en cours) et le taux de mortalité reste dramatiquement élevé (12 %des enfants hospitalisés).

La richesse des échanges, avec les soignants comme avec les patients, l’intérêt des pathologies, le sentiment d’être vraiment utile, la qualité d’accueil au village ainsi que parmi mes collègues et amis m’ont vraiment permis de vivre une expérience unique et marquante. J’ai vraiment (ré)appris les valeurs de partage, de solidarité, d’humilité, et… tout simplement, la patience…je crois.

À vivre pour chacun d’entre nous !

 

Fanny Lombard, 30 ans, nouvellement pédiatre à Rodez, est partie au Cameroun avec la Délégation Catholique pour la Coopération (http://ladcc.org).

Portrait de Dr Fanny Lombard
article du WUD 10

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