Sarah Pachoud, Mélanie Laurent et Angelina Woreth © Association Française du Festival International du Film
Un film réalisé avec le cœur par une comédienne levant le voile sur un drame intime et sur la pulsion de vie qu'elle a su développer.
Joséphine Japy devait faire ce film. C'est son premier, et il ne serait pas étonnant qu'elle n'en réalise point d'autre, tant celui-ci semble s'être imposé à elle. C'est effectivement à un film de sœur plus que de metteuse en scène que nous avons le sentiment d'avoir assisté, non pas qu'elle manque de talent ou de légitimité dans cette entreprise, mais elle semble y avoir tant mis d'elle-même, entre hommage et exutoire, qu'on imagine à quel point elle le portait en elle.
Jeunes acteurs en difficulté
Bien évidemment, définir le film sous l'angle prioritaire de l'accomplissement d'un devoir implique que nous lui trouvions des limites. Celles-ci seraient de l'ordre du trop-plein, de l'impossibilité de dépasser son sujet, ou du moins ce qu'elle s'en est assignée. La principale maladresse est ainsi de ne pas avoir tranché entre la transmission d'un éprouvé familial et sa scénarisation, voire, peut-être, sa fictionnalisation. Le film pèche dans son propre récit, ratant la mise en péripéties des conséquences de la maladie de Bertille sur son entourage, en particulier sa sœur Marion, alter ego de Joséphine Japy se mettant sentimentalement en danger dans une relation racontée de façon peu convaincante, tournant à vide. La direction d'acteurs est également inégale, beaucoup de jeunes comédiens vus ailleurs dans des interprétations bien plus habitées (Leurs enfants après eux, On ira, Miséricorde, Jusqu’à la garde...) se trouvant en difficulté pour défendre leurs personnages. La description, appuyée, du milieu, bourgeois, dans lequel l'histoire évolue finit d'atténuer la portée du geste, qui reste à son meilleur quand il s'éloigne des enjeux qu'il cherche à transmettre, s'autorise des respirations et des relâchements poétiques autant que du lâcher-prise, au diapason de la frontalité contagieuse apportée par les débordements de Bertille.
« Joséphine Japy reste la meilleure juge quant à ce qu'un tel tournage aurait pu engendrer ou infliger »
Il nous faut souligner la décence et la pertinence d'avoir fait jouer le rôle de Bertille à une comédienne non handicapée. Cela se conçoit pleinement, dans la mesure où, de par sa proximité avec le sujet et les personnes concernées, Joséphine Japy reste la meilleure juge quant à ce qu'un tel tournage aurait pu engendrer ou infliger. La sensibilité avec laquelle Bertille est filmée et interprétée par une Sarah Pachoud confondante de naturel en reste la meilleure preuve.