Ré-humaniser le métier, un enjeu de santé (publique)

En mai 2014, il faisait parmi de la délégation faisant visiter à Valérie Trierweller, marraine du Secours populaire (SP), les projets menés par l'association française et ses partenaires à Haïti suite au séisme de 2010 : écoles, hôpital pédiatrique, pose de la première pierre d'une station d'eau potable, etc. Engagé depuis plus de quinze ans au SP, secrétaire national, le Dr Ismail Hassouneh, co-coordonne les programmes médicaux, nationaux et internationaux, de l'association.

Il y consacre un jour ouvrable par semaine, dédiant le reste du temps à son activité hospitalière d'ORL. Près de 7000 médecins sont, comme lui, bénévoles au SP, soit qu'ils consultent au sein des relais-santé de l'association, soit qu'ils s'engagent à recevoir dans leur cabinets des personnes en situation de précarité*.

Diagnostiquer ce qui est tu

« On est arrivé à un moment, en France, où les personnes en situation de précarité n'arrivent plus à parler de leurs problèmes aux médecins et laissent tomber les soins : c'est une véritable urgence de santé publique », estime le Dr Hassouneh. Cette distance entre les personnes en situation de précarité et ce qui est pourtant considéré comme un des meilleurs systèmes de santé du monde est à la fois physique, financière et psychologique. » Pour la rompre, le médecin doit prendre le temps de percevoir les symptômes de ce qui n'est pas dit : main devant la bouche pour cacher un problème dentaire, illettrisme, absence de couverture de santé, etc. Car les personnes accueillies au Secours populaire consultent rarement pour ce dont elles souffrent le plus : obésité, problèmes ophtalmiques ou dentaires . « On arrive en permanence d'accueil pour boucler une fin de mois, chercher un colis alimentaire, jamais pour évoquer des soucis sanitaires chroniques. Aussi, à ces occasions, nous organisons des ateliers nutrition ou orientons vers nos relais-santé où tout l'enjeu du médecin est d'humaniser son travail, considéré comme inaccessible, avant d'accompagner le patient jusqu'au système de soin traditionnel », précise le Dr. Face à une médecine considérée comme chronophage, compliquée, dédiée « aux riches », le praticien bénévole, quelle que soit sa spécialité, agit alors en psychologue pour faire tomber les préjugés et rendre les personnes accueillies actrices de leur santé.

 

 

* En juillet 2014, le Conseil de l'ordre des médecins et le Secours populaire ont signé une lettre d'intention commune en vue de travailler ensemble à l'accès aux soins et à la prévention des personnes en situation de précarité. En 2014, 18 % des personnes interrogées lors du baromètre Ipsos / Secours populaire déclaraient avoir renoncé à des soins dentaires, 14 % à l’achat de lentilles ou de lunettes, et une personne sur dix à une visite chez le généraliste, dans les trois cas pour des raisons économiques.

 

 

 

 

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