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Des traitements à plus d’un million d’euros par patient
En 2025, deux médicaments atteignent des niveaux de coût inédits dans le système de santé français. Le Bylvay®, indiqué dans une cholestase hépatique rare, affiche un coût moyen annuel de 1,07 million d’euros par patient pour 51 patients traités. Le Myalepta®, prescrit dans certaines formes de lipodystrophie généralisée congénitale ou acquise, atteint 1,05 million d’euros par patient et par an pour 39 patients. Ces montants correspondent aux dépenses brutes, avant déduction des remises négociées avec les industriels.
Il y a dix ans, en 2015, un seul médicament dépassait le seuil des 100 000 euros annuels par patient. En 2025, ils sont désormais 21 à franchir ce seuil, et les dix traitements les plus coûteux excèdent tous 185 000 euros par patient et par an. Cette inflation spectaculaire reflète l’essor de thérapies ciblées, souvent destinées à des effectifs très restreints, mais intégralement prises en charge par la solidarité nationale.
Les médicaments les plus coûteux dominent désormais les dépenses
Au-delà de ces cas extrêmes, la structure globale des dépenses s’est profondément modifiée. Les médicaments dont le prix unitaire dépasse 50 euros ne représentent que 3 % des volumes délivrés, mais concentrent à eux seuls 68 % des dépenses remboursées. À l’inverse, les médicaments à moins de 5 euros constituent 75 % des volumes, pour seulement 10 % des dépenses.
Cette concentration se retrouve dans le classement des médicaments les plus remboursés. En 2024-2025, le Vyndaqel® (tafamidis), indiqué dans l’amylose cardiaque, devient le premier médicament remboursé en ville avec près de 966 millions d’euros, devant l’Eliquis® (apixaban, 843,6 millions d’euros) et l’Eylea® (aflibercept, 512,4 millions d’euros). En intégrant l’hôpital, deux traitements anticancéreux dépassent même le milliard d’euros de remboursements annuels : le Keytruda® (2,1 milliards d’euros) et le Darzalex® (1,05 milliard).
Cette dynamique est particulièrement marquée en oncologie. En 2024, les traitements anticancéreux représentent 7,1 milliards d’euros de remboursements, en ville et à l’hôpital, avec une croissance annuelle de 11,5 %. Sur la période 2016-2023, le coût par année de vie gagnée associée à ces traitements a augmenté de 57 %, alors même que le bénéfice clinique moyen est jugé globalement stable selon les données de l’Assurance Maladie.
Le paracétamol, champion des volumes mais pas des coûts
À l’autre extrémité du spectre, le paracétamol reste, de très loin, la molécule la plus prescrite et la plus remboursée en volumes. En 2024, plus de 430 millions de boîtes ont été remboursées, concernant 42,5 millions d’assurés. Malgré ces volumes massifs, le paracétamol ne représente que 371,6 millions d’euros de dépenses, en raison de son coût unitaire très faible, avec un remboursement moyen de 9 euros par patient et par an.
Cette opposition illustre la rupture actuelle du modèle du médicament : les molécules les plus utilisées au quotidien pèsent de moins en moins dans les dépenses, tandis que des traitements prescrits à quelques milliers, voire quelques dizaines de patients, concentrent une part croissante des budgets.
Des dépenses globales en forte hausse, malgré des volumes stables
En 2024, l’Assurance Maladie a remboursé 27,2 milliards d’euros de médicaments délivrés en pharmacies de ville en montants dits « super nets », c’est-à-dire après déduction des remises et de la clause de sauvegarde. En montants bruts, la dépense atteint 37,9 milliards d’euros, en hausse de 7,6 % sur un an et de près de 45 % sur cinq ans.
Cette augmentation ne s’explique pas par une explosion des prescriptions. Les volumes restent remarquablement stables, avec 2,54 milliards de boîtes remboursées sur un an et 41 boîtes par assuré en moyenne. En revanche, le taux de prise en charge par l’Assurance Maladie progresse continûment : il atteint 87,6 % en officine en 2025, contre 80,7 % en 2014, et dépasse 90 % si l’on intègre les médicaments hospitaliers délivrés en ville.
Cette évolution traduit la montée en puissance de médicaments innovants, souvent remboursés à 100 %, et le vieillissement de la population. Comme le résume Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance Maladie, « ces changements témoignent à la fois des progrès récents de la médecine et du rôle central de l’Assurance Maladie pour permettre à chacun d’y avoir accès, tout en veillant à un usage juste, sûr et bénéfique pour tous ».
Derrière ces chiffres, une question demeure ouverte pour les années à venir : jusqu’où le modèle solidaire pourra-t-il absorber l’augmentation rapide du coût des innovations thérapeutiques, sans remettre en cause l’équilibre global du système de santé.
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