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Le tribunal correctionnel a infligé à Malika Evtemirova une peine de quatre ans de prison dont 18 mois ferme, et prononcé à son égard un mandat de dépôt à effet différé.
Les juges l'ont considérée coupable « de faits extrêmement graves, commis sur une durée de près de quatre ans, à grande échelle et surtout entrainant des conséquences très graves et durables sur la santé de nombreuses jeunes femmes, portée dont on n'a pas encore totalement idée ».
Après trois jours d'audience, le parquet avait requis en novembre une peine de trois ans de prison dont un an ferme contre cette citoyenne russe de 41 ans.
Elle est également condamnée, conformément à la demande du procureur, à une amende de 50 000 euros, le tribunal ayant établi que ces actes de médecine illégale avaient été « extrêmement lucratifs ».
« Les juges ont vraiment pris en considération la souffrance réelle des victimes », a réagi auprès de l'AFP Charlotte Patrigeon, avocate d'une partie civile.
« La réalité des choses, c'est que c'est tout aussi dangereux que la mise en circulation de produits stupéfiants », a ajouté l'avocate, dont la cliente « va se faire réopérer pour la cinquième fois ».
Vulnérabilité exploitée
Repulper les lèvres, gommer des rides, arrondir hanches et fessiers à coups de seringues chimiques : l'influenceuse, active via plusieurs comptes de réseaux sociaux, attirait des clientes qui, selon Charlotte Patrigeon, « n'étaient pas armées pour faire la différence entre qui est médecin et qui ne l'est pas ».
Malika Evtemirova aurait achevé des études de médecine dans son pays mais, faute d'avoir fait valider son diplôme à son arrivée en France en 2009, elle s'est tournée vers les soins esthétiques, au mépris des lois.
Durant le procès, elle a laconiquement expliqué avoir acheté ses produits en ligne auprès de fournisseurs sud-coréens ou ukrainiens.
Les expertises menées sur des flacons saisis en perquisition ont révélé que, si certains médicaments n'étaient disponibles en France que sur ordonnance, d'autres n'étaient tout simplement pas autorisés dans l'Union européenne.
Cliente devenue assistante de Malika Evtemirova, Aïcha Berrada a géré pendant des années les comptes de réseaux sociaux utilisés pour les prises de rendez-vous avec les clientes.
Allant également au-delà des réquisitions, le tribunal l'a condamnée mardi à une peine de deux ans de prison dont un an sous bracelet électronique, ainsi qu'à une amende de 20 000 euros.
Les deux femmes sont définitivement interdites d'exercer toute profession liée à la médecine, la pharmacie ou à l'esthétique.
Lourdes séquelles chez les patientes
Avocate de Malika Evtemirova, Lucie Monge a jugé la décision « extrêmement sévère » alors que sa cliente n'a pas d'antécédents judiciaires.
Créteil, Puteaux, Bobigny… L'activité de Malika Evtemirova a vivoté entre 2019 et 2023 à travers l'Île-de-France et parfois en Loire-Atlantique, dans l'informel, au gré des locaux disponibles.
Des injections avaient notamment été réalisées dans un appartement de Romainville (Seine-Saint-Denis). « Vous n'avez pas trouvé étrange qu'une médecin exerce dans votre cuisine ? », avait questionné la présidente à une coprévenue de Malika Evtemirova.
« Non, puisque ma cuisine était très propre », avait rétorqué via l'interprète cette ancienne infirmière russe, jugée pour complicité.
Les quatre autres membres du réseau, dont le mari de Malika Evtemirova, ont été condamnés à des peines allant de 8 à 10 mois d'emprisonnement avec sursis.
Les quatre jeunes femmes qui se sont constituées parties civiles dans cette affaire sont lourdement affectées dans leur chair suite aux injections de produits qui n'ont pas encore tous été identifiés par les médecins.
À l'audience, Sophie Kerzerho avait pudiquement témoigné pour sa cliente, qui à 35 ans se retrouve avec un « corps mutilé, déformé, plein de cicatrices », après déjà neuf opérations chirurgicales de réparation.
Avec AFP
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