Pourquoi la réforme peut fonctionner

On n’a rien à perdre

Après les annonces d’Emmanuel Macron et d’Agnès Buzyn sur la transformation du système de santé, les réactions se sont multipliées. Elles sont plutôt positives.

Près d’un an et demi d’attente. Une période durant laquelle Agnès Buzyn a préparé une réforme qu’elle souhaitait « systémique », avec une communication efficace. La ministre a fait des concessions sur le tiers payant généralisé pour apaiser les libéraux, a affiché son attachement à améliorer le fonctionnement des urgences et du management pour montrer aux hospitaliers qu’elle ne les oubliait pas, a pris en compte la pénibilité du cursus de médecine pour emmener les étudiants avec elle, et a promis un meilleur accès aux professionnels de santé pour les patients. Un an et demi que le gouvernement rassemble tout le monde autour de sa réforme. Et apparemment, ça a fonctionné !

Plaire aux hospitaliers

Du côté des hospitaliers, quels sont les grands chantiers ? Le mal-être des soignants, vent debout contre le management hospitalier, la T2A, l’engorgement des urgences, les difficultés à recruter des praticiens hospitaliers, ou encore l’état catastrophique de l’hospitalisation psychiatrique.

Pour tous ces points, Agnès Buzyn a proposé des solutions : le développement et l’accompagnement – notamment financier – d’une vraie politique de management des médecins en responsabilité, le retour du poids des médecins dans la gouvernance hospitalière via les CME, la baisse de la T2A au profit de forfaits parcours et de bonus à la qualité, le renforcement de la permanence des soins de ville pour gérer les « petites » urgences, la création du statut unique de PH pour favoriser l’exercice mixte, et un plan psychiatrie.

Plutôt contents, les hospitaliers ? Les conférences de présidents de CME, oui ! La Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH) se satisfait aussi des intentions, notamment concernant la gouvernance, mais aussi la hausse de l’Ondam à 2,5 % et la mise en place d’un travail en réseau dans les territoires. Actions praticiens hôpital salue de son côté « un plan ambitieux », le renforcement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et la création d’hôpitaux de proximité labellisés.

Un petit "mais"

Mais APH est gourmand ! Le syndicat demande l’abrogation des plans d’économies déjà en place, qui exige une réduction de la masse salariale de « 1,2 milliards d’euros ». L’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) est également mitigé, et regrette qu’aucune annonce concernant la revalorisation salariale des PH n’ait été faite. La seule promesse financière concerne en effet les postes à responsabilité managériale, qui seront valorisés. L’INPH s’interroge également sur le rôle décisionnaire concret qui sera confié aux CME aux compétences élargies.

Mais dans l’ensemble, l’hôpital salue les intentions de la réforme qui va dans le sens de leurs principales revendications. Ils sont désormais tous en attente de concret… Satisfaction de principe des hospitaliers : check ! Si tout se passe comme prévu, il ne descendront pas dans la rue.

Les libéraux progressistes ?

Et les libéraux ? Où sont passés les syndicats qui nous ont habitué à des sorties fracassantes à chaque tentative de réforme ? Pour l’instant, la pilule du financement aux parcours semble passer. La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) est rentrée dans le rang de la convention médicale en juin dernier, et ne s’en est pas caché. Un rapprochement fort s’est alors opéré avec le ministère. Elle a pu se placer au plus près de la réforme et s’y associer.

Elle salue ainsi la création de postes d’assistants médicaux financés, la volonté de faire entrer la médecine de ville dans la gouvernance des hôpitaux de proximité, et les promesses de laisser les médecins libéraux libres de leur rattachement aux CPTS. CSMF et ministère avancent ensemble, et ça, c’est bon pour la réforme !

Seule l’UFML-S s’inquiète

L’accueil réservé par les autres syndicats n’est pas non plus hostile. Le Syndicat des médecins libéraux (SML) salue la volonté d’aller vers un travail coordonné sur les territoires, et adhère à l’objectif de 1000 CPTS d’ici 2022. MG France approuve de son côté la création de postes d’assistants médicaux, mais attend de voir les moyens consacrés à la réforme. Le syndicat de jeunes médecins Reagjir est lui aussi satisfait.

Toute la France des syndicats médicaux semble donc conquise (pour l’instant). Toute ? Non ! L’UFML-S résiste encore et toujours. Elle salue le constat et la volonté de répondre point par point aux problèmes, mais s’inquiète de la transformation qui ferait du médecin libéral « un médecin de ville ». Elle redoute que le rapprochement envisagé ville-hôpital tel qu'il est envisagé ne soit un moyen de soumettre les médecins libéraux à une gestion administrative autour des groupements hospitaliers, avec la disparition progressive de la rémunération à l’acte.

Mais dans l’ensemble, là aussi, on a connu des syndicats libéraux plus contestataires. L’opération séduction de la ministre de la Santé semble donc avoir fonctionné, grâce à des promesses sur des problèmes importants et un travail de longue haleine pour s’assurer de leur adhésion. « Les médecins libéraux sont prêts à s’engager », a ainsi plusieurs fois répété Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF.

En attendant les détails législatifs et concrets, le ciel se dégage. Le calme, donc, en attendant la suite...
Source: 

Jonathan Herchkovitch

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