Mathilde Planchon, neuropédiatre, hôpital du Kremlin Bicêtre

WUD Quel est ton premier souvenir d’interne ?

C’était en réanimation néonatale. J’étais enceinte, et les bébés avaient le même âge que le bébé dans mon ventre!

Ça peut paraître bizarre, mais je l’ai très bien vécu. J’étais dans un hôpital périphérique, c’était la première fois qu’ils accueillaient un interne de DES, tout le monde était adorable avec moi. Ça aide !

 

WUD Quel est ton premier souvenir de garde ?

Les bruits des machines ! C’était d’ailleurs aussi en réanimation néonatale. En fait tu dors mal parce que tu entends tous les bruits. Tu es seniorisé, mais même au début, c’est l’interne qui doit se lever en premier. Tu es à l’affût du bruit de l’arrêt cardiaque ou du « gros » malaise, c’est très stressant. Et, au fur et à mesure, on s’habitue en fait…

 

WUD Qu’est-ce que tu as préféré pendant ton internat ?

Le stage en neuropédiatrie. Il m’a donné envie de faire cette spécialité. C’était un petit service, on avait le temps de faire de la biblio, d’approfondir les cas, de prendre du temps avec les patients. Parce que dans les autres services c’était toujours la course !

 

WUD Qu’est-ce qui t’a le plus choquée pendant l’internat ?

L’ombre d’un décès dans le service. En pédiatrie, les équipes médicales et paramédicales sont toutes très prévenantes avec  les patients, les parents, les internes. Très sécurisant ! Mais le premier décès d’un enfant en réa reste une expérience très dure à encaisser.

Interne en pédiatrie, tu ne te retrouves jamais seul face à un décès. Tu as donc le temps d’observer comment les seniors gèrent de telles situations (toujours très bien d’ailleurs !).En retrait, tu médites et appréhendes le jour où ce sera ton tour.

 

WUD As-tu hésité à faire médecine ?

J’ai un parcours particulier. J’ai fait une école d’ingénieur agronome, et puis j’ai travaillé trois ans en audit financier. Rien à voir ! Quand mon petit frère a fait médecine et qu’il me racontait ses histoires d’externe, j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire.

J’ai intégré médecine en D1, et je savais déjà que c’était pour faire de la pédiatrie !

 

WUD Pourquoi ce choix ?

Je suis très à l’aise avec les enfants, avec les parents, je voulais soigner des enfants. J’ai commencé mon internat, j’étais déjà maman, et je pense que ça aide pour tous les aspects de puériculture de la spécialité, pour les relations avec les parents. Je ne pense pas que ce soit indispensable d’être parent pour être pédiatre, mais ça m’a aidé !

 

WUD Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Au fil de mon clinicat, j’ai trouvé pesant le côté sacerdotal de l’hôpital public. Je pense m’orienter vers une pratique privée, d’autant plus qu’il y a pas mal de cabinets pédiatriques multidisciplinaires qui se montent, et dans lesquels je pourrai pratiquer la neuropédiatrie.

J’aimerais garder des vacations à l’hôpital pour garder un lien avec une pratique plus pointue et le réseau hospitalier. Mais j’ai besoin de liberté. Tu bosses beaucoup aussi dans le privé, mais tu peux t’organiser comme tu veux, sans les contraintes et la hiérarchie hospitalière…

 

WUD Une autre anecdote ?

Je me suis fait virer d’un stage avant de l’avoir commencé ! Je devais faire un semestre d’endocrinologie. Quand le patron m’a reçue, j’ai dit que j’aimais deux choses : la réanimation et la neuropédiatrie. S’en est suivi une discussion houleuse à l’issue de laquelle il a trouvé plus pertinent que j’aille en neuropédiatrie. Et j’ai adoré ce stage. Donc en me virant, il m’a rendu service !

 

WUD Un message pour les jeunes internes ?

Il faut choisir des stages très formateurs sans avoir peur des horaires, mais il faut aussi profiter des possibilités de l’internat, des disponibilités notamment, pour faire d’autres choses, pour remplacer et voir l’activité de ville, voyager… Parce qu’après, quand t’es parti(e) dans le trip chef de clinique/praticien hospitalier, c’est fini !

 

Portrait de La rédaction
article du WUD 15

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