Les médecins vus par les infirmières : nous sommes leurs éponges

Les médecins vus par les infirmières : nous sommes leurs éponges
Les médecins vus par les infirmières : nous sommes leurs éponges

Qu’ils le veuillent ou non, les médecins ont tendance à fonctionner dans une bulle qui les empêche parfois d’entendre ce que les autres soignants ont à dire. C’est pourquoi What’s up Doc a proposé à des infirmières de tendre un miroir à la profession. Et le reflet qui s’y dessine en surprendra plus d’un.

Ouvrez vos esgourdes !
 
La critique qui revient le plus souvent dans la bouche des infirmières à propos des médecins, c’est le manque d’écoute dont ils peuvent faire preuve dans certaines situations. « Je peux passer des journées entières à leur réclamer une ordonnance », soupire Mathilde*, infirmière de coordination en HAD. « Il y en a beaucoup qui comprennent qu’ils ne peuvent pas prescrire pour l’HAD comme pour leur service, et il y en a d’autres qui ont décidé qu’ils ne comprendraient pas. »
 
Un défaut de communication qui semble aussi parfois s’appliquer aux échanges que les praticiens ont avec les patients. « Ces derniers nous demandent souvent de décoder le message du médecin qui peut parfois s’exprimer dans des termes trop scientifiques », constate Thierry Amouroux, infirmier à l’AP-HP et porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC). Le problème, c’est que les médecins sont en revanche assez doués pour communiquer… leur stress.
 

Je veux dire aux médecins que comme les infirmières, ils ne doivent pas s’oublier : ils doivent prendre soin de leur santé pour bien prendre soin de celle des autres.

Nathalie Depoire, présidente de la CNI.

C’est en tout cas ce que ressent Aurélie, infirmière en bloc opératoire. « Nous sommes leurs éponges, constate-t-elle. Quand le chirurgien maîtrise la situation, vous allez vous rendre compte que vous-même gérez les choses calmement. Mais s’il est en situation de stress, alors son stress est communicatif. »
 

Ce qui m’énerve le plus, ce sont les toubibs qui ont oublié que lorsqu’ils étaient internes, ils ont appris une partie de leur métier auprès d’infirmières expérimentées.

Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI-CFE-CGC.
 
On est dans le même bateau !
 
À l’heure des coupes budgétaires, les infirmières voient bien que les médecins subissent les mêmes contraintes qu’elles. « Les médecins se retrouvent à gérer beaucoup de choses en même temps », remarque Nathalie Depoire, infirmière au CH de Belfort et présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI). « Dans cette course infernale, nous sommes en train de perdre le temps du dialogue qui est pourtant essentiel à nos métiers. »
 

Certains vieux médecins donnent parfois l’impression de considérer les infirmières comme des larbins, mais il faut bien reconnaître que certaines vieilles infirmières sont bien contentes de faire le larbin.

Mathilde, infirmière de coordination en HAD.

Et Thierry Amouroux confirme. « L’intensification du travail fait qu’on a souvent la tentation d’aller à l’essentiel », regrette le syndicaliste. Malgré ces contraintes, il y a des infirmières qui ne trouvent rien à redire au comportement de leurs collègues médecins. « J’ai toujours eu la chance de travailler en confiance avec eux », se félicite par exemple Hélène, qui a pourtant connu un certain nombre de services parisiens.
 
Même Aurélie, qui n’est pas la dernière à dénoncer « la mauvaise foi » ou « l’impatience » dont font parfois preuve certains de ses collègues médecins, reconnaît que son équipe reste soudée. « Dans mon service, nous avons appris au fil du temps à nous connaître sur le plan personnel, ce qui fait que nous avons des relations très respectueuses », se réjouit-elle.
 
Ah, ces p'tits jeunots !
 
Vaut-il mieux travailler avec un jeune médecin ou avec un ancien ? Pour les infirmières, la question est compliquée. « C’est sûr qu’il est rare de voir un PH de 35 ans qui ne parvient pas à s’adapter aux contraintes spécifiques à l’HAD », glisse Mathilde. Le syndicaliste Thierry Amouroux remarque de son côté « moins de préjugés sexistes ou de préjugés de classe » chez les nouvelles générations.
 
Mais tout n’est pas bon dans le jeune médecin. C’est du moins ce qu’Aurélie constate au bloc. « L’expérience a appris aux aînés à mieux maîtriser leur stress », indique-t-elle avant de nuancer aussitôt : « Attention, on peut aussi tomber sur un chirurgien de 55 ans stressé, ou sur un jeune calme ! »
 
*Le prénom a été modifié.

Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 41

 

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