Les familles de médecins, c’est aussi chez nos voisins

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Les médecins se marient entre eux, on l’a vu. Leurs enfants ont tendance à embrasser plus facilement une carrière médicale, qu'en est-il au-delà de nos frontières ? Exploration chez nos voisins allemands et britanniques.

Les familles de médecins, c’est aussi chez nos voisins

Au Royaume-Uni, « il y a 10 à 20 fois plus d’enfants de médecins parmi les postulants à l’entrée dans les écoles de médecine que dans la population générale ». Katherine Woolf est chercheuse au département d’enseignement médical au University College of London (UCL) (1), (2). Elle a démarré en 2019 une étude pour comprendre les motivations des étudiants en médecine : « quelle école ils avaient choisie, quelle information avait guidé leur choix, et quid de leur origine ». 6 000 étudiants ont répondu à son questionnaire parmi les 20 000 postulants aux études de médecine et donc inscrits à l’UCAT (University Medical Admission Test).

Les chiffres sont clairs : « 10 % des répondants avaient un parent médecin. Alors que dans la population générale au Royaume-Uni, de 0,5 % à 1 % des personnes ont un parent médecin ». Plus généralement, parmi les répondants, 60 % avaient des parents issus d’un milieu social élevé (managers, professions libérales, dont médecin). « C’est finalement moins le statut de médecin que l’environnement social qui est crucial », explicite Katherine Woolf.

Ouvrir les études à toutes les couches de la société

« Il y a des barrières financières. Des parents plus riches inscriront leurs enfants dans des écoles plus chères. Bien sûr, il y a des bourses pour les étudiants les plus démunis mais cela ne suffit pas à renverser le système ».

Est-ce alors « seulement » une question d’argent ? C’est probablement aussi une question d’information. Chacune des 40 écoles de médecine britannique a son propre système de recrutement, avec des tests supplémentaires. « Les étudiants issus des écoles publiques de l’État ont moins de chances d’obtenir une place dans une école de médecine. Moins informés, ils ne connaissent pas le processus stratégique pour entrer dans ces écoles, ne sont pas préparés aux tests ».

En 2011, un rapport sur la mobilité sociale avait montré du doigt la médecine. « Comment permettre à des personnes de plus faible environnement socioéconomique d’accéder à ces études ? » Le travail de Katherine Woolf financé par le National Institute for Health Research (NIHR) sur 5 ans doit justement donner aux pouvoirs publics des clés en vue d’atténuer l’impact socioéconomique dans le choix des études de médecine.

Les étudiants en médecine en Allemagne sont principalement issus d’un milieu social élevé

Même constat en Allemagne ? Claudia Finger, chercheuse au Centre de recherche en sciences sociales de Berlin, travaille sur l’accès aux études scientifiques en général, dont la médecine (3). Chez nos amis germaniques, tout se joue à l’âge de 10 ans, âge auquel les jeunes doivent choisir entre le lycée « gymnasium » ou les études plus courtes. L’Abitur, obtenu à la fin du gymnasium, est l’équivalent du baccalauréat. Sans Abitur, pas d’université, pas d’études supérieures, donc pas de médecine. « Il n’y a pas pour l’instant en Allemagne d’étude sur l’origine sociale des étudiants en médecine ; cependant c’est un sujet à creuser », anticipe Claudia Finger. « Ce qui est sûr c’est que les étudiants en médecine – ou en faculté de droit – sont le plus souvent issus de milieux sociaux à haut niveau d’éducation. »

Vers un mode de recrutement plus doux…

Plus récemment, la pandémie et les confinements ont amené les écoles de médecine britanniques à intégrer des notes de contrôle continu dans la sélection des candidats. « Il semble qu’un tel mode de recrutement ait atténué les différences », constate Kathy Woolf dans une première analyse. « Il y a un besoin évident de plus de médecins et il est probable que le changement des admissions se traduira par une cohorte plus diversifiée sur le plan social et démographique. » « C’est étonnant de tout miser sur les concours. Une vie entière peut être bouleversée pour quelques heures d’épreuve. C’est très violent ».

En Norvège une entrée dans les études, plus souple, sur dossier

Ancien étudiant en France, Amine F. témoigne en tant que président des étudiants internationaux en Norvège, un pays certes de 5 millions d’habitants mais où le tiers de la population a un diplôme d’études supérieures. « Pour les études de médecine, l’entrée se fait sur dossier. Une sélection basée sur les notes. Cependant il est toujours possible de refaire un trimestre pour gagner une meilleure note dans une matière, et de repostuler. » Un recrutement plus « doux » permettrait ainsi peut-être d’augmenter la mixité sociale ou tout au moins de moduler la reproduction sociale.

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