Le Dr Renaud Péquignot prend la tête d’Avenir Hospitalier

Défendre les PH, plutôt que les exilés fiscaux

Le Dr Renaud Péquignot, gériatre et chef du service de Médecine et Réadaptation des Hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne), est le nouveau président du syndicat de PH Avenir Hospitalier. Il a été élu le 6 décembre dernier pour succéder au Dr Max-André Doppia, décédé brutalement mi-novembre.


What’s up Doc. Vous reprenez les rênes d’Avenir Hospitalier après Max-André Doppia. Quel souvenir gardez-vous de votre prédécesseur ?

Renaud Péquignot. Ce qui était prévu, c’est qu’il devait laisser la présidence d’Avenir Hospitalier au premier semestre 2018, étant donné qu’il allait prendre sa retraite de praticien et qu’il ne se voyait pas représenter ses confrères n’exerçant plus. C’était un homme très bien, qui avait un profond équilibre : un homme gentil et souriant mais également capable de réparties assez cinglantes. Il aurait aimé être gentil tout le temps mais il savait s’énerver pour défendre les PH.

Ce que j’aimais, ce qu’il donnait l’impression que pour chacun de ses engagements, on pouvait penser que c’était sa principale activité. Peu avant sa disparition, je lui avais dit en plaisantant. « Vas-y mollo, sinon je vais te succéder trop vite ! » Il m’avait répondu : « Non mais ça, c’est vraiment important. » Avec lui, tout était vraiment important.

WUD. Quels sont vos chantiers prioritaires pour 2018 ?

RP. D’abord, on continue l’Observatoire de la souffrance au travail. On avait dû reporter le lancement. Aujourd’hui, on est submergé d’appels de PH. On va essayer d’avoir davantage de temps syndical pour s’en occuper au mieux. Il faut savoir qu’il y a seulement 5 équivalents temps plein (ETP) syndicaux pour près de 50 000 PH en France (1 par syndicat représentatif), c’est un problème. On veut également des instances locales : actuellement le ministère estime que ce sont les CME qui font le job, mais en réalité ce n’est pas le cas. Ce n’est pas leur mission.

Par ailleurs, la réforme des GHT a contribué à augmenter la souffrance au travail : le praticien devient nomade avec des temps partagés entre plusieurs établissements. Les praticiens ne connaissent plus leur chef de pôle, car il n’est pas forcément dans le même CH… Il faut trouver des solutions.

WUD. Quel sera votre marque de fabrique ? Si vous deviez nous donner 3 mots pour vous définir…

RP. Un slogan plutôt ! « Défendons les praticiens hospitaliers, plus utiles au pays que les exilés fiscaux. » On est dans un régime ultra-libéral, d’une décomplexion rarement vu. Quand notre ministre nous explique qu’il y a 30 % d’actes en trop, c’est du délire. Je suis très pessimiste : Cécile Courrèges (Directrice générale de l'offre de soins, NDLR) nous a reçus en nous disant qu’on ne pourra rien négocier sur l’argent. Niveau salaires, on va encore rester bloqué pendant 5 ans.

WUD. Mais vous êtes un réformiste ou un révolutionnaire ?

RP. Je suis un réformiste mais pour la réforme, il faut être deux. Il faut que le dialogue soit réciproque. On verra bien selon les remontées du terrain, mais si la ministre n’entend rien… ça va se terminer avec des mouvements de grève. On a eu de la concertation avec Marisol Touraine pendant les 5 dernières années déjà, maintenant il faut agir. On connaît les problèmes par coeur, et leurs solutions.

WUD. Vous étiez candidat France Insoumise aux dernières élections législatives dans la 8ème circonscription du Val-de-Marne. Comment avez-vous concilié cela avec votre engagement syndical ? Êtes-vous encore engagé politiquement ?

RP.  C’était l’aboutissement d’une aventure, dans l’affaire qui m’opposait au DG des Hôpitaux de Saint-Maurice, Denis Fréchou (entre 2013 et 2014, NDLR). Il avait été ramené de l’Aéroport de Roissy par l’unique ambulance de l’hôpital, alors qu’on en avait besoin à ce moment-là pour une patiente âgée. J’ai écrit un mail à mes collèges, et le DG m’a attaqué pour diffamation. Son excuse ? L’ambulance n’appartenait pas aux patients, mais à l’hôpital, donc il pouvait l’utiliser. Il a été débouté et condamné à me rembourser mes frais d’avocat.

J’étais au Parti de Gauche, et la France Insoumise (FI) est venue me chercher pour être candidat : ils voulaient des gens qui avaient mené des combats. Je ne me suis jamais senti schizophrène : il y avait pour moi une cohérence dans la philosophie de la FI, dans sa défense du service public que je partage. En tant que président de syndicat, je m’arrête là. J’ai mené une lutte, c’était une expérience intéressante, mais aujourd’hui je passe à autre chose.

Source: 

Thomas Moysan

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