La neuroradiologie interventionnelle manque de bras

La Société française de neuroradiologie interventionnelle aimerait que les capacités de formation et le nombre de postes de neuroradiologues interventionnels augmente.
 

« Les jeunes semblent intéressés » par la neuroradiologie interventionnelle (NRI). Le Pr René Anxionnat, président de la Société française de neuroradiologie (SFNR), a peu de chances de se tromper. Un salaire de radiologue en faisant de la vraie médecine, c’est le beurre, l’argent du beurre, et un salarié de l’industrie des produits laitiers en prime. En plus, le nom à lui seul impose son style.
 
Malheureusement pour ces jeunes, la formation et le nombre de postes dans cette sur-surspécialité sont plus que limités. Seulement 130 médecins étaient compétents en la matière en 2010 et, même si les effectifs formés chaque année augmentent, seulement un tiers des 90 inscrits en neuroradiologie choisissent la voie interventionnelle, a rappelé le Pr Anxionnat lors d’une conférence de presse organisée le 27 mars par la SFNR, rapportée par APMnews.

Riches mais fatigués

La société savante demande donc à augmenter les capacités de formations, afin de faire face à la demande. Sur les quelques 150 000 AVC recensés chaque année, 6844 thrombectomies ont été pratiquées en 2018. Un chiffre en nette augmentation depuis quelques années. Pour les 130 médecins répartis dans 37 centres de neuroradiologie interventionnelle, le planning non planifié va rapidement saturer.
 
« C'est une activité fatiguante, une permanence 24h/24, 7j/7, et la moitié des cas sont les nuits et le week-end », a souligné le Pr Anxionnat. L’activité nécessite donc des équipes fournies pour assurer une rotation viable dans les centres. Sinon, quel intérêt de gagner tout cet argent sans pouvoir le dépenser ?

Une bonne couverture, mais peut mieux faire

Pour l’instant, sur l’ensemble du territoire, la couverture est globalement satisfaisante, et même meilleure que les recommandations pour une immense majorité de la population. Neuf Français sur dix ont accès à un centre dans un délai maximum d’une heure et demie, contre deux heures recommandées et, d’après les projections du SFNR, les neuroradiologues interventionnels seraient capables de gérer 12 000 à 13 000 thrombectomies par an. Mais des bassins de population en déficit (1) ont été identifiés par la SNFR.
 
« Il serait intéressant d'y créer un centre de NRI mais ils doivent s'adosser sur un CHU », souvent déjà en difficulté, a précisé le Pr Anxionnat. « Pour créer un centre, il faut une équipe avec au moins un neuroradiologue interventionnel, un anesthésiste, un manipulateur en radiologie et une infirmière, un environnement technique (angiographie), une UNV [unité neurovasculaire] et, si possible, un centre de neurochirurgie ». Ça fait pas mal.
 
Le plan AVC national s’est achevé en 2014, mais la Haute autorité de santé (HAS) continue de travailler avec la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), les Agences régionales de santé (ARS) et les sociétés savantes concernées (SFNR, mais aussi les Sociétés françaises de radiologie, de médecine d’urgence et neurovaculaire) pour poursuivre le développement de la thrombectomie.
 
 
(1) Annecy, Ajaccio/Bastia, Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), La Rochelle, Valenciennes (Nord), Vannes, Pau-Bayonne et Perpignan
 
 

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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