Internes remplaçants : la menace se précise

L’Isni et la CSMF s’insurgent contre une proposition du Cnom visant à rallonger la durée nécessaire de formation des internes avant qu’ils soient autorisés à remplacer. Pour la MG, les nouvelles dispositions reviendraient presque à les sortir du dispositif…

Sera-t-il bientôt presque impossible de remplacer pendant son internat ? C’est la crainte qu’émet l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), à la suite d’une réunion sur le sujet au Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « Certains acteurs souhaitent en effet voir les licences de remplacement n’être délivrées qu’en fin de phase d’approfondissement », explique-t-elle dans un communiqué. « C’est, pour certaines spécialités, 18 mois après le délai actuel ».

Si l’Isni s’inquiète, c’est que la conférence des doyens a validé cette proposition du Cnom qui avait déjà mis les internes en colère au mois d’avril. Et l’étau se referme un peu plus alors que les Conseils nationaux professionnels (CNP) ne s’en plaignent pas. « Les CNP ont aussi décidé de jouer la carte de la simplification et de limiter les remplacements à la phase de consolidation », regrette Antoine Reydellet, contacté par What’s up Doc.
 
Pour ne rien arranger, le temps presse. « Une proposition sera présentée la semaine prochaine au ministère », annonce-t-il.

L’Ordre veut plus de formation

Avec la réforme du 3e cycle, la refonte des maquettes et la création de nouveaux DES, il s’avérait nécessaire de préciser de nouvelles règles de remplacement, notamment pour les nouvelles spés. C’était l’occasion pour le Cnom de remettre un peu d’expérience chez les remplaçants.

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« Cette idée nous paraissait logique d'un point de vue pédagogique », expliquait en avril dernier le Pr Robert Nicodème, président de la section Formation et compétences médicales du Cnom. « Avec la réforme du 3e cycle, l'ensemble du champ des spécialités n'est vu qu'à l'issue de la phase d'approfondissement, c'est donc ce qui apparaissait le plus fiable ».

Six fois moins d’internes remplaçants

Pas cool pour les internes qui verraient s’envoler une petite source de revenus supplémentaires. Spécialité la plus concernée : la médecine générale. Pour un interne en MG, si les propositions du Cnom sont acceptées, il deviendrait impossible de remplacer avant la fin de son stage Saspas… Donc en gros, avant la fin de son internat (ou, éventuellement, pendant le 6e semestre).
 
« Seuls 1/12e des internes en MG pourraient remplacer », regrette Antoine Reydellet, contre environ la moitié aujourd’hui. Les remplacements sont en effet ouverts aux internes en MG qui ont effectué leur stage aux urgences et de niveau 1 en ambulatoire, soit en principe à l’issue du troisième semestre.
 
Si l’Ordre, les CNP et les doyens font valoir l’avancement de la formation avant d’être lâché dans le grand bain, l’Isni est soutenue par la CSMF qui défend une utilité multiple des remplacements : ils permettent de découvrir l’exercice libéral, et soulagent les médecins de ville qui peinent à trouver des confrères pour maintenir l’activité de leurs cabinets lorsqu’ils sont absents. Les remplaçants sont essentiels « pour assurer une continuité des soins », explique le syndicat dans un communiqué.
 
L’Isni compte sur une oreille attentive de la ministre de la Santé. Ils auront un argument de poids : la pénurie médicale. Entre 5000 internes en MG remplaçants potentiels et 800, elle pourrait avoir du mal à signer la proposition du Cnom…
 
 
 
 

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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