#FakeMed Wars : Rogue studies

Les homéopathes changent les règles

Le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) demande un droit de regard sur la méthodologie des études réclamées par la ministre de la Santé. Parce que les médicaments homéopathiques le valent bien.

La guerre continue entre homéopathes et signataires de la tribune Fakemed. Mais oublions un peu le terrain juridique et les plaintes déposées par le SNMHF auprès de l’Ordre des médecins pour aller sur le terrain (de bataille) scientifique.

Contre toute attente, c’est le SNMHF qui nous y emmène. Le 31 juillet, le syndicat a dégainé un communiqué de presse pour demander « à être associé à la réflexion sur la méthodologie appropriée à l’évaluation des médicaments homéopathiques demandée par Madame la ministre de la Solidarité et de la Santé ».

Un service médical rendu, mais pas pareil

La Haute autorité de santé, chargée d’évaluer le service médical rendu, s’intéresse aux classes thérapeutiques, comme le rappelle le SNMHF. « Or dans la pratique homéopathique, le médicament est généralement prescrit sur un ensemble de symptômes très différents et répond donc à de nombreuses classes thérapeutiques », ajoute-t-il, avant de donner l’exemple d’Arnica montana. Cette spécialité est utilisée « en infectiologie, […] dans les états dépressifs, pour les troubles du sommeil ou encore en cardiologie ».

« De même, le médecin choisit la hauteur de dilution d’un médicament homéopathique (par exemple : 5 CH, 9 CH, 30 CH) en fonction des symptômes observés et de l’effet attendu. Plusieurs études en attestent, notamment la série d’expériences effectuées sur l’activité de l’aspirine à dose ultra faible sur l’interaction plaquette-paroi vasculaire ». À WUD, on cherche encore la signification de ce paragraphe.

Si c’est une étude qui le dit…
 

Mais par curiosité, nous sommes allés voir l’étude mentionnée (1). Elle compare les temps de saignements après la prise respective d’une aspirine à 500 mg (solution A), d’une spécialité homéopathique à base d’aspirine diluée (solution B), et d’un placebo.
 


Source : (1)

 

Conclusion de l'article : « Cette étude montre que, statistiquement, l’aspirine [administrée sous forme très diluée] peut réduire le temps de saignement. Cependant, le phénomène ne dure pas : 4 à 6 heures après l’absorption de la solution, le temps de saignement n’est pas différent du groupe placebo ».

Ah oui, nous allions presque oublier : c’est une magnifique étude préliminaire qui date de 1987, menée sur sept hommes et trois femmes. Il y a visiblement un vrai problème de méthodologie…

Goal !

« Il y a eu des centaines d’essais, et toutes les méthodologies ont été testées : classique randomisée double aveugle, cluster, n=1, pragmatique… », rappelle le Pr Jean-François Bergmann, chef du département de médecine interne à l'hôpital Lariboisière (AP-HP), contacté par What's up Doc. « La réponse est unanime : plus la méthodologie est foireuse (pas d’aveugle, petits effectifs…), plus l’homéopathie fonctionne ; l’homéopathie fonctionne… mais pas plus qu’un placebo ; dans la vraie vie, avec un médecin attentionné, empathique et compatissant, ça fonctionne bien mieux que dans les essais ».

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, l’interniste ne pense pas à un problème de méthodologie. « Chercher une nouvelle méthode spécifique, c’est comme dire "Mon équipe de football est super forte mais elle n’arrive pas à marquer des buts. Il faut donc changer les règles du football pour que le nombre de buts ne soit plus le critère d’évaluation" ». C'est dit !

(1) Doutremepuich C et coll. Template bleeding time after ingestion of ultra low dosages of acetyl salicylic acid in healthy subjects : preliminary study. Thrombosis Research 1987, 48, p.501-504

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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