Deux lieux ouverts à Paris pour soigner les soignants

Accueillir les soignants qui ont des difficultés à se soigner, c’est l’objectif de deux structures créées récemment à Paris : la première, « La maison des soignants », a été ouverte par l’Association Soins aux Professionnels de Santé ; la seconde, « La Villa M-Paris », par le Groupe Pasteur Mutualité.

Deux structures de soins pour les soignants ont été ouvertes à Paris à quelques jours d’intervalle. Un hasard ? « Le président de notre association, Éric Henry, avait depuis longtemps cette volonté de créer un lieu dédié au soutien psychologique des soignants », rappelle Catherine Cornibert, en charge des actions et de la com’ de l’association Soins aux Professionnels de la Santé (SPS), qui propose, depuis 2015, un accompagnement gratuit et anonyme pour les soignants via un numéro vert. L’asso est à l'initiative de la première structure, « La maison des soignants », ouverte le 31 août à Paris (16e). La seconde initiative, le « programme M », lancée le 13 septembre par l’Association Programme Santé Globale des Médecins, avec le soutien de Groupe Pasteur Mutualité, est aussi un projet ancien, rappelle le président de ces deux entités, Bertrand Mas-Fraissinet : « nous nous sommes inspirés du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ), qui existe depuis 30 ans. Nous avions signé un partenariat avec eux, mais la crise sanitaire a retardé le projet ». Cette double ouverture en dit long sur la réalité que vit la profession, que ladite crise a aggravé. « On ne peut se réjouir de la création de la « maison des soignants » : c'est l'expression d'un besoin, celui de la souffrance », a regretté Thomas-Olivier Mc Donald, président de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) d'Ile-de-France, dont les locaux hébergent la Maison des soignants, dans le discours d'ouverture de la structure.

La différence entre les deux lieux d’accueil concerne d'abord les personnels visés. « La Maison des soignants ne s'adresse pas seulement aux médecins, mais à l'ensemble des professionnels de santé (50 métiers, soit 3 millions de personnes en France). 40% des appels que nous recevons viennent d’infirmières et d’aides-soignantes », dit Catherine Cornibert. Quel type de soutien est proposé, concrètement ? « Nous mettons à la disposition des soignants un lieu où ils pourront se retrouver, où ils ne seront plus seuls, un lieu où ils pourront prendre soin d’eux, s’informer sur les moyens d’aller mieux, poursuit Catherine Cornibert. La pandémie n’a été qu’un révélateur d’un mal profond et ancien. Les enquêtes que nous avons menées nous ont montré que les professionnels de santé en souffrance ne souhaitaient pas forcément une approche thérapeutique ou psy, mais plutôt des ressources pour l’amélioration de leur mieux-être. » Des groupes de parole, des ateliers d’information, de prévention, des formations et des consultations avec des psychologues spécialisés sont proposées dans cet espace de 800 m2.

La Maison des soignants

« Le Programme M s’articule autour d’échanges (par téléphone, visioconférence ou sur place) avec des médecins-intervenants », explique de son côté Bertrand Mas-Fraissinet. Un numéro unique est mis à disposition pour prendre rendez-vous et organiser les entretiens directement avec les médecins, dans le respect de le confidentialité. « Ceux-ci réalisent alors une évaluation globale et personnalisée, en tenant compte des facettes de la vie du professionnel qui a besoin d’aide, sur les plans physique, psychique, émotionnel, familial et professionnel. L’objectif est de co-construire un plan d’intervention adapté, voire sur-mesure, pour apporter des solutions aux problématiques identifiées », poursuit Bertrand Mas-Fraissinet. La « Villa M-Paris » regroupe dans cette visée un centre de prévention, un centre de conférences, mais aussi… un club de sport multi-usage boxe & fitness (très prisé), un showroom e-santé, des espaces de co-working, une galerie, un restaurant et un hôtel !

Deux approches qui misent sur le bien-être, donc. « Nous voulions nous inspirer d’une initiative qui avait fait ses preuves, dit Bertrand Mas-Fraissinet. L’idée du PAMQ : intervenir le plus tôt possible pour aider les professionnels à retrouver une pratique sereine et une vie équilibrée. Chaque année, 1.600 médecins du Québec, spécialistes et généralistes, sont suivis par le programme (soit 6 % de la profession) », poursuit-il. Pense-t-il pouvoir parvenir à de tels chiffres un jour avec le « programme M » ? « Je le souhaite, mais nous démarrons ce programme avec humilité. J’ai appris à travailler comme cela, j’ai une certaine expérience : j'ai créé un centre de santé dans les quartiers nord de Marseille, il a fallu se battre longtemps pour y arriver, il est aujourd’hui considéré comme un modèle dans la lutte contre les déserts médicaux. Les projets se mènent avec humilité, avec modestie. J’espère que nous y arriverons.  Selon les résultats, nous élargirons le dispositif à l'ensemble des professions de santé ». Si, de son côté, Catherine Cornibert se félicite de bon départ pris par la Maison des soignants, l'association SPS cherche encore des partenaires et des financements pour pérenniser le projet.

Portrait de Thomas Renou

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