Dear doctor, vous prescrivez trop d’antibiotiques

Vous avez recu un message

Un simple courrier adressé aux médecins suffit à réduire la prescription d’antibiotiques, conclut une étude outre-Manche. Une idée qui devrait rapidement connaître sa déclinaison en France.


Cher Dr X,

La grande majorité (80 %) des cabinets de votre région prescrivent moins d’antibiotiques par patient que vous.

Ainsi débute le courrier qu’ont reçu près de 800 généralistes anglais adeptes des antibiotiques, sur une lettre à en-tête du ministère de la Santé britannique et signée par le Chief Medical Officer d’Angleterre. Une notification soigneusement calibrée pour inciter les médecins à mettre la pédale douce sur l’amoxicilline et consorts.

L’initiative, publiée dans The Lancet, a permis de réduire de 3 % la prescription d’antibiotiques chez les médecins dans les six mois suivant l’envoi du courrier. « Donner un retour sur mesure aux prescripteurs n’est pas compliqué », commente Michael Hallsworth, chercheur à Public Health England et premier auteur. « Nous estimons que cette seule intervention pourrait réduire de 0,85 % la prescription globale d’antibiotiques en Angleterre. »

Ne prescrivez pas d’antibio, vous sauverez un arbre  

Si les résultats sont d’ampleur modeste, ce dispositif d’incitation épistolaire possède l’avantage d’être bon marché : moins de 8 centimes par prescription économisée. Reste à voir si les effets d’un simple courrier, aussi officiel soit-il, peuvent influer durablement sur les habitudes de prescription.

« C’est une initiative très intéressante », estime quant à lui le Dr Jean Carlet, président de la World Alliance Against Antibiotic Resistance et auteur d’un récent rapport destiné à limiter la prescription d’antibiotiques en France. Il faut dire que pour l’heure, seuls les médecins qui en font la demande auprès de l’Assurance maladie ont accès à leur consommation d’antibiotiques.

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Une situation qui devrait changer sous peu : le rapport, remis en septembre dernier, préconise la communication systématique de la consommation d’antibiotiques aux praticiens. Les prescripteurs les plus prodigues devraient recevoir une visite des médecins de l’Assurance maladie. 

Une forme d'intrusion tolérée sous nos latitudes ? « Les Français n’aiment pas trop qu’on vienne les emmerder et contrôler ce qu’ils font », admet Jean Carlet. « Mais ce sont des conseils, pas des sanctions, et ils acceptent à peu près qu’on vienne les voir pour peu qu’ils n’aient pas l’impression qu’il s’agit de réduire les dépenses. »

Des prescriptions vides ou à retardement

Après une chute drastique dans les années 2000 (« les antibiotiques, c’est pas automatique »), la consommation d’antibiotiques en France a recommencé à grimper ces cinq dernières années. « Les bronchites sont encore très souvent traitées par antibiotiques alors qu’elles sont presque toujours virales », déplore Jean Carlet. « Il faut éviter de donner des antibiotiques tout de suite et installer le principe, bien en place à l’hôpital, de réévaluation. »

Parmi les conseils dispensés aux médecins anglais figure ainsi l’emploi de prescriptions retardées, utilisables à une date ultérieure en cas de persistance des symptômes. Le rapport du Dr Carlet prévoit quant à lui la création d’ordonnances de… non-prescription. Symboliques, elles seraient destinées à « réduire la pression exercée par le patient sur le médecin (…) et responsabiliser le patient ».

Et surtout, la santé (publique)

Longtemps minimisée, la résistance aux antibiotiques est devenue un enjeu majeur de santé publique, alors que les infections multirésistantes se multiplient et que la mise au point de nouveaux antibiotiques continue de marquer le pas. Alors, en cas de bronchite, écoutez votre Chief Medical Officer : une tape dans le dos et au dodo.

Source: 

Yvan Pandelé

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