Covid-19 : Des chercheurs trouvent la piste de l’anosmie

Jusqu’alors, la relation de causalité entre l’infection et la perte d’odorat était inexpliquée. Une ombre que des chercheurs français sont parvenus à éclaircir en détaillant, étape par étape, les mécanismes provoquant l’anosmie à court et à long terme.

Les chercheurs de l’Institut Pasteur, du CRNS, de l’Inserm, de l’Université de Paris et de l’AP-HP ont eu le nez creux. Dans une étude publiée le 3 mai dernier dans Science Translational Medicine, les scientifiques français ont mis le doigt sur les mécanismes impliqués dans la perte d’odorat chez les patients infectés par le SARS-CoV-2. « Ils ont découvert que le SARS-CoV-2 infecte les neurones sensoriels et provoque une inflammation persistante de l’épithélium et du système nerveux olfactif », résume l'Institut Pasteur

« Le rôle direct du virus dans l’anosmie est jusqu’ici resté incertain », rappelle l’institution, dans un communiqué. En parallèle de la propagation épidémique pourtant, force est de constater que le nombre de cas de perte d’olfaction des personnes infectées n’a cessé de croître. Cela, « en particulier chez les patients légèrement symptomatiques », rappelle l’étude. Un phénomène que les scientifiques ont analysé autour d’une étude « virologique, moléculaire et cellulaire du neuroépithélium olfactif » de sept personnes infectées atteintes d’une perte aigüe de l’odorat, complétée par des analyses menées sur des hamsters syriens dorés.

Ce travail a permis de déceler le modus operandi de cette affection. Au programme, un phénomène en plusieurs étapes. À commencer par celle, cruciale, de l’infection virale, qui entraîne la disparition des cils portés par les neurones sensoriels. Une fois présente dans ces derniers, l’infection à la Covid-19 va provoquer une « désorganisation de l’épithélium olfactif liée à l’apoptose ». Un enchaînement suivi de l’invasion du bulbe olfactif, entraînant ensuite « la présence d’une neuroinflammation et d’ARN viral dans plusieurs régions du cerveau ». « Le virus, une fois entré dans le bulbe olfactif, se propage à d’autres structures nerveuses où il induit une importante réponse inflammatoire », explicite Hervé Bourthy, co-auteur de l’étude et responsable de l’unité Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie à l’Institut Pasteur.

À noter que cette présence dans le cerveau pourrait également expliquer le développement de « diverses manifestations cliniques, d’ordre psychologiques ou neurologiques ». Les auteurs soulignent cependant que des études complémentaires sont nécessaires.

« Selon nos résultats, la perte de l’odorat dans la Covid-19 peut persister plusieurs mois chez certains patients, et cette persistance des signes cliniques est attribuable à la persistance du virus et de l’inflammation dans la muqueuse olfactive », poursuit Marc Lecuit, co-auteur et responsable de l’unité Biologie de l’Infection (Institut Pasteur, Inserm, Université de Paris, AP-HP).

Une découverte permise par l’échantillonnage de la muqueuse olfactive de patients présentant une persistance à long terme de la perte d’odorat associée à la Covid-19. « Cette étude montre de façon inattendue que les tests classiques RT-qPCR pratiqués sur les écouvillonnages nasopharyngés peuvent se révéler négatifs alors même que le virus persiste au fond des cavités nasales, dans l’épithélium olfactif », souligne l’Institut Pasteur. L’organisation encourage à prendre en compte cette découverte dans la prise en charge des patients victimes d’anosmie. « Un diagnostic du SARS-CoV-2 par brossage nasal peut être envisagé pour compléter l’écouvillonnage nasopharyngé du test PCR chez les patients présentant une perte d’odorat », indique l’Institut Pasteur.

Portrait de Julia Neuville

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