Chirurgie : deux fois plus de décès en Afrique

Et des complications dans un cas sur cinq

Une étude publié dans le Lancet, effectuée dans 25 pays d’Afrique, met en lumière les difficultés d’accès à des soins chirurgicaux sûrs. En moyenne, les patients décèdent dans 2 % des cas.

Dans le monde, 5 milliards de personnes n’ont pas accès à des soins chirurgicaux sûrs. Dans l’immense majorité des cas (94 %), elles habitent des pays aux revenus faibles ou moyens. Pour estimer la qualité des soins chirurgicaux prodigués en Afrique, des chercheurs de plusieurs universités africaines et de l’université Queen Mary de Londres ont évalué les risques liés aux intervention dans 25 pays africains.

Et leurs résultats ne donnent pas envie de se blesser sur le continent. « Environ un patient sur cinq de notre cohorte africaine a souffert d’une complication, et sur l’ensemble, 2 % sont décédés », rapporte le Pr Bruce Biccard de l’université de Cape Town (Afrique du Sud), auteur principal de l’étude. C’est deux fois plus que dans les pays à haut revenus. 

Moins de facteurs de risques, plus de décès

L’étude, publiée dans le Lancet, a regroupé les données de 11 422 patients opérés en une semaine dans 247 hôpitaux de 25 pays — les dix plus importants quand les données étaient disponibles. L’état de santé des patients avant et après l’intervention, le suivi des complications, l’admission en soins intensifs et les cas mortels ont été renseignés.

Les résultats alarmants de l’étude sont renforcés par le fait que dans leur ensemble, les patients présentaient un état de santé meilleur que ceux des études équivalentes effectuées dans des pays à hauts revenus, et donc moins de facteurs de risques. Ils étaient en moyenne âgés de 38,5 ans et étaient à 87 % en bonne santé générale.

La majorité des interventions ont été réalisées sur des urgences (57 %), et un tiers étaient des césariennes.

Comme attendu, les infections ont compté pour l’essentiel des complications (59 %). Parmi ces complications, près d’une sur six a mené en soins intensifs et une sur dix s’est révélée fatale. Les causes des décès sont réparties de manière équitable entre les infections, les complications cardiovasculaires et les autres.

Un manque cruel de personnel qualifié

Pour le Pr Biccard, le matériel ou les moyens techniques ne sont pas les facteurs déterminants de ces mauvais résultats. « Notre étude révèle un manque de personnel disponible pour assurer des traitements chirurgicaux sûrs. Il est important de noter que 95 % des décès de notre étude intervenaient en post-op, ce qui suggère que de nombreuses vies pourraient être sauvées grâce à un suivi efficace des patients développant des complications, et en augmentant les ressources dans ce sens. »

Il n’y a en effet que 0,7 spécialiste (chirurgiens, obstétriciens et anesthésistes) pour 100 000 personnes, bien loin des 20 à 40 recommandés pour assurer une réduction de la mortalité.

Le nombre de chirurgies réalisées est, lui aussi, exceptionnellement bas. « Les chiffres sont 20 fois inférieurs au volume requis pour assurer les besoins chirurgicaux essentiels », estiment trois experts internationaux dans un commentaire attaché à l’article. « Même si les opérations pédiatriques ont été exclues de l’étude – ce qui, compte tenu de la structure de la population africaine, est une cohorte importante », précisent-ils.

Et encore, les 25 pays étudiés ne sont pas les moins bien équipés et les plus pauvres d’Afrique.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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