Ces soignants qui pansent les sans-abris

Petit détour par le CHAPSA de Nanterre

Le CHAPSA du CH de Nanterre est la seule unité d’accueil et de prise en charge médicale pour les sans-abris d’Île-de-France. Elle est ouverte toute l’année pour soigner et héberger les populations sans logement, pour une nuit ou un trimestre. What’s up Doc est parti à la rencontre des soignants et des soignés. 
 

Caché au sein du CH de Nanterre, le Centre d'hébergement et d'accueil des personnes sans abri (Chapsa) est un lieu de contrastes. Dans ses bâtiments, austères, presque vétustes, on entend plus de rires et de musique que n’importe où dans le centre hospitalier.

Ceux qui y passent vous le diront, quand la santé est devenue un luxe, c’est le Chapsa qui prend le relai. Trois cent soixante-cinq jours par an, une petite équipe de deux infirmières, une dizaine d’aide-soignants et quatre généralistes, prend en charge ceux qui sont ramassés par la Brigade d’assistance aux personnes sans abri (Bapsa), le Samu Social ou la RATP. « Ça ne désemplit jamais. », confie le Dr Jacques Hassin, PH et chef du pôle d’accueil qui voit, chaque soir, les 257 lits disponibles se remplir. 

Et on ne vient pas chercher que du soin au centre d’accueil. Signe qui ne trompe pas : les 110 000 kits pour la toilette distribués chaque année. Un chiffre spectaculaire auquel s’ajoute 5000 dossiers médicaux actifs. 

Un accompagnement sur le long terme

Claire, l’une des infirmières en poste raconte : « on a beaucoup de polypathologies, typiques du sujet âgé, mais qu’ils ont plus précocement du fait de leur mode de vie ». Diabète et hypertension sévères avec des cardiomyopathies dilatées sont autant de signes typiques d’une population vieillissant prématurément, que l’on ne voyait pas avant. « Il y a vingt ans, ces personnes seraient déjà mortes », explique Jacques Hassin qui observe une évolution de ses résidents. « Depuis la crise, on accueille un nombre croissant de travailleurs précaires et de migrants ».

La jeune génération se fait attendre

Il est donc nécessaire de s’adapter à ces nouveaux arrivants. Malheureusement, le pool de médecins, à l’instar des patients traités dans le LHSS, arrive en fin de carrière. « Nos praticiens sont fatigués et je ne vois pas de relève arriver », ajoute-t-elle. « Nous sommes vraiment des médecins comme les autres, on ne fait pas de médecine pour les pauvres. Nos patients ont les même pathologies que vous et moi », précise Jacques Hassin.

Des incertitudes grandissantes

Un constat en forme d’appel du pied pour un service qui remplit toutes les conditions pour accueillir les internes, mais qui ne voit pourtant aucun jeune médecin franchir ses portes. « Cela nous désespère un peu, l’ARS nous a refusé à plusieurs reprise cette ouverture de poste, nous ne comprenons pas pourquoi », s’étonne le PH. Contactée par la rédaction, l’ARS n’a en effet pas su expliquer cette décision. 

À cette situation vient par ailleurs s’ajouter la fermeture, annoncée pour le 1er août, du service de chirurgie du CH, qui inquiète les équipes soignantes. « Si le service de chir' ferme, ce sera une catastrophe. Vous ne pouvez pas demander à un sans-abri qui vit dans l’immédiateté de prendre un rendez-vous à Bichat pour dans trois mois. Ça n’aurait aucun sens », s’alarme Jacques Hassin. « Nous comptons faire appel de cette décision », précise le praticien, qui espère que cette action permettra, au moins, d’alerter l’opinion. 

La rédaction a rapporté de ce voyage quelques clichés disponibles sur notre page Facebook

Source: 

Johana Hallmann

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