Centre-Val de Loire : comment attirer les jeunes médecins ?

Pourquoi les jeunes médecins formés dans la région Centre-Val de Loire rechignent à s’installer dans ce qui est aujourd’hui l’un des plus grands déserts médicaux ? Éléments de réponse et ébauche de solutions.

« Qu’il s’agisse d’une première installation, d’un remplacement ou d’un déménagement, de nombreuses opportunités s’offrent à vous en région Centre-Val de Loire pour exercer la méde­cine dans un cadre de vie exceptionnel », se félicite le site Instal toi doc dont la raison d’être, est, vous l’aurez compris, de vanter les louanges de la région.

Grâce au site, on apprend par exemple que la région située proche de Paris est desservie par de nombreuses infrastructures (A10, A28, A85, A11, A19, A20, A71, A77, TGV, Interloire, LGV SEA, aéroports de Tours et de Châteauroux..), qu’elle « conjugue qualité de vie et proximité de centres urbains connectés »

Mais aussi que de nombreux acteurs se mobilisent pour « renforcer l’accès aux soins » : URPS médecins libéraux, Conseil régional de l’Ordre des médecins, deux centres hospitaliers régionaux (le CHRU de Tours, le CHR d’Or­léans), faculté de médecine très bien placée en matière de recherche (14e sur 32 score Sigaps), des pôles de santé et un réseau de plus de 70 maisons de santé pluridisciplinaires (MSP)….

Un des plus grands déserts médicaux

Et pourtant… La région Centre-Val de Loire reste l'un des plus grands déserts médicaux en France, malgré la formation de nombreux jeunes médecins à la faculté de Tours (6960 étudiants en médecine dont 1656 en 1ere année), rapporte France 3 Centre-Val de Loire qui donne quelques clefs pour expliquer le fait que les médecins généralistes fraichement diplômés désertent la région.

Premièrement, ces médecins d'exercice libéral « arrivent sur le marché du travail entre 28 et 32 ans », selon Morgan Caillault, vice-président du Grace-Img, le groupe représentatif des étudiants en médecine générale de la région Centre-Val de Loire. Certains ont donc déjà une vie de famille et des enfants et seraient donc plus séduits par des villes moyennes qui offrent l’avantage de cumuler facilités économiques, accessibilité et qualité de vie.

Le vice-président du Grace-Img rappelle également que les aides à l'installation pour les médecins en zone sous-dotées sont de courte durée, si bien que les bénéficiaires auraient tendance à lever les voiles au-delà de trois à cinq ans.

Ébauche de solutions

Pour remédier à ces mots, les politiques ont sorti de leur chapeau de nouvelles mesures. Premièrement : rendre obligatoire les stages des internes en milieu rural, soit l’équivalent de 3 000 médecins immédiatement disponibles. Deuxièmement : accélérer le recrutement de 400 médecins salariés en zones sous-dotées pour porter ce nombre à 600. Des mesures jugées inefficaces par Morgan Caillault, qui regrette le manque de dialogue entre professionnels, politiques et étudiants sur le sujet.

En attendant, le président du conseil régional, François Bonneau, a interpelé le Premier ministre pour lui demander de réexaminer la décision d’exclure le Centre-Val de Loire de toute augmentation du numerus clausus.

Le coup de pression a porté ses fruits, puisqu’Édouard Philippe a annoncé en mai dernier la hausse du nombre de postes d'internes, de 214 à 255. Une annonce « qui va permettre la formation de quarante médecins supplémentaires susceptibles de s'installer dans la région », avait réagi le député LREM de la première circonscription du Cher, François Cormier-Bouligeon.

Le doyen de la faculté de Tours, Patrice Diot, nous expliquait d’ailleurs récemment que la régulation du nombre d’internes pouvait favoriser l’installation dans les déserts médicaux. Selon lui, « les médecins s’installent souvent dans la région où ils effectuent leur internat. Ils découvrent des territoires qu’ils n’envisageaient pas pour une installation mais dans lesquels ils peuvent finalement se projeter, et ce levier puissant n’est pas assez utilisé. » Et d‘ajouter : « L’axe Nord-Est/Sud-Ouest de la métropole est déserté en médecins, et c’est aussi celui qui est le moins doté en internes. Si on veut corriger la démographie médicale, il faut s’intéresser à ce problème. »

29 postes de médecins salariés

Par ailleurs, le Premier ministre a également indiqué que la région fera partie des territoires pilotes pour bénéficier d'une mise en place accélérée des mesures du plan « Ma santé 2022 », en particulier le dispositif « 400 médecins salariés ». La région Centre-Val de Loire a en effet annoncé en avril dernier l’ouverture de 29 postes de médecins qui seront répartis entre des hôpitaux et des maisons de santé pluridisciplinaires.

Quant à Morgan Caillault, il considère qu’il faudrait avant tout sensibiliser le plus tôt possible les étudiants aux attraits de la ruralité. "Il ne faut pas cibler les internes, il faut toucher les étudiants beaucoup plus tôt. Ce qui nous aide à nous installer, ce sont les stages, qui nous font connaître le territoire où on a besoin de médecins."
 

Portrait de Julien Moschetti

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