Ados ratés

Critique de "Adoration" de Fabrice du Welz (sortie le 22 janvier 2020)

Paul, 12 ans, vit avec sa mère dans la clinique psychiatrique où celle-ci travaille. Il compense sa solitude grâce à un imaginaire débordant. Jusqu'au jour où il rencontre Gloria, jeune patiente hospitalisée contre son gré pour des troubles psychiques graves et mystérieux. Dès lors, c'est l'amour fou. Qui est, par définition, sans limite. Contrairement au film, qui en présente plusieurs...

Il est toujours triste de constater qu'un cinéaste autrefois prometteur et diablement stimulant se retrouve totalement bloqué dans sa capacité à transmettre, à transcender. On n'entendait plus trop parler de Fabrice du Welz, réalisateur du cultissime Calvaire qui avait fait un détour plutôt convaicant outre Atlantique, laissant espérer une résurrection. Avec Adoration, et bien que le titre du film soit un emprunt paresseux, il signait un retour emballant sur ses terres: celles de sa Belgique, et de son cinéma de prédilection. Une odyssée repoussant perpétuellement la notion de frontière, et celle de limite, sur le thème de l'amour fou. Comme dans Calvaire, justement, où il est aussi question de Gloria, l'être aimé inconditionnellement...

Est-ce l'âge qui lui a fait perdre à ce point l'art de bousculer, ainsi que l'envie d'explorer d'autres contrées? Le film repose-t-il sur une absence d'histoire ou le réalisateur échoue-t-il à nous la raconter? Toujours est-il que notre main est vite lâchée dans ces contrées à la fois anodines et inquiétantes, balisées et totalement dépaysantes - peut-être la seule réelle force de ce film de mise en scène. Pourquoi pas, mais dans ce cas pourquoi toujours alterner avec des rencontres désespérantes de banalité, reposant sur des dialogues vides et convenus? Poelvoorde, qu'on entr'aperçoit, recycle le personnage de Jackie Berroyer - toujours dans Calvaire - mais cette fois empli de douceur et de sagesse new age. Ce qui était extrême hier apparaît presque fade aujourd'hui. Le sous-texte, celui du rêve ou de la rêverie probable de Paul, est à la fois trop visible et trop peu exploité pour en faire un canevas convaincant.

Mais ce qui nous a le plus dérangés, sans nous quitter pendant tout le film et même après, est ce personnage de Gloria, femme enfant jouée par Fantine Harduin. Pas tant parce qu'il constitue à lui seul une somme incalculable de clichés sur la maladie mentale, la féminité, la jeune fille s'ouvrant au monde étant nécessairement une hystérique ou une sorcière, mi-monstre mi-fée, comme cela nous est pompeusement asséné dès la première image. Mais, surtout parce que, dans le climat actuel, cette façon de filmer une pré-adolescente, d'en faire, sans réelle motivation affichée, en tout cas pour des motifs bien trop vagues, un objet d'attraction, ne se justifie plus. Que le personnage de Paul, joué avec finesse par un Thomas Gioria pourtant beaucoup moins bien servi que dans Jusqu'à la garde, soit placé dans une position de soumission psychique totale en rajoute à notre malaise. Il est des obsessions qu'on est juste lassés de voir à l'écran...

Sur l'affiche du film, du Welz promettait abruptement "L'amour. Ou rien." Nous n'avons pas perçu d'amour. C'est probablement la raison pour laquelle il ne nous reste rien. 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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