© Midjourney x What's up Doc
À travers les témoignages de Nicolas Demanget, directeur R&D du site grenoblois et ancien CEO d’Orthotaxy, de Daniel Girardeau-Montaut, Senior Principal Software Engineer, de François Urvoy, responsable marketing, et de Bertrand Semay, chirurgien orthopédique et manager des affaires médicales, c’est moins l’histoire d’un produit que celle d’une méthode d’innovation qui se dessine : partir du terrain, arbitrer avec les utilisateurs, puis transformer une idée issue de la recherche française en projet industriel international.
De la chirurgie assistée par ordinateur à la robotique
L'histoire de VELYS™ commence bien avant le développement du robot lui-même. Elle prend racine en France à Grenoble, au sein d'Orthotaxy, une entreprise issue des travaux du chercheur titulaire d’un PhD et entrepreneur Stéphane Lavallée, pionnier français de la chirurgie assistée par ordinateur.
Pendant de nombreuses années, les équipes grenobloises développent des logiciels destinés à accompagner les chirurgiens orthopédistes dans la planification et la réalisation de leurs interventions. « À l'origine, nous faisions essentiellement du logiciel et travaillions déjà sur la navigation chirurgicale et l'assistance au geste », rappelle Nicolas Demanget
Ce socle logiciel constitue le point de départ de l’aventure. Mais les échanges avec les chirurgiens font progressivement apparaître une limite : certains besoins ne relèvent plus seulement de l’aide à la planification ou de la navigation, mais de l’architecture même de l’outil utilisé au bloc opératoire. En 2015, Orthotaxy prend une décision structurante : pivoter vers la robotique chirurgicale.
Ce basculement ne répond pas à une volonté de développer un robot pour le principe. Il s’inscrit dans une démarche plus pragmatique : comprendre ce que les chirurgiens attendent réellement d’une assistance au geste, ce qui peut s’intégrer dans leur pratique, et ce qui risquerait au contraire d’ajouter de la complexité.
François Urvoy précise : « Nous constations que les systèmes existants étaient parfois trop complexes, trop encombrants et qu'ils pouvaient prolonger les temps opératoires. Notre réflexion a commencé à partir de ces difficultés concrètes rencontrées par les équipes chirurgicales. »
C’est à partir de ces constats issus des bloc opératoires qu’Orthotaxy choisit de repartir d’une feuille blanche. « Nous avons vraiment conçu le robot de zéro en essayant de nous limiter à ce qui était réellement nécessaire. Nous n’avions pas pour objectif de faire le robot le plus impressionnant technologiquement mais nous voulions vraiment répondre à un besoin clinique. » explique Nicolas Demanget
L’équipe, alors composée d’une quinzaine de personnes, engage le développement des premiers concepts et prototypes à Grenoble : « Les premiers concepts, les premiers prototypes et l'architecture robotique elle-même sont imaginés et développés sur le site isérois. Finalement toute la réflexion autour du système est née à Grenoble », précise Nicolas Demanget. Cette phase marque le passage d’une expertise de navigation chirurgicale à une ambition industrielle plus large : créer une plateforme robotique pensée dès l’origine pour les contraintes de l’orthopédie.
Construire avec les chirurgiens : un choix fondateur
L’une des particularités du projet tient à la place donnée très tôt aux chirurgiens dans le processus de conception. Le développement ne repose pas sur une logique dans laquelle des ingénieurs finalisent une solution avant de la soumettre au monde médical. Il s’organise au contraire autour d’allers-retours entre équipes techniques et utilisateurs du bloc opératoire.
Très tôt, des chirurgiens sont associés au projet. Ils participent aux réflexions, testent les prototypes et contribuent à orienter les choix de conception. « Nous sommes des ingénieurs. Nous avions besoin du regard clinique. Dès les premières phases du développement, nous avons intégré des chirurgiens pour comprendre leurs attentes et leurs contraintes quotidiennes », rappelle Nicolas Demanget.
Cette collaboration ne relève donc pas d’une validation finale, mais d’un processus de co-conception continu. Elle permet de confronter chaque option technique à une question simple : cette fonctionnalité aide-t-elle réellement le chirurgien dans son geste ou risque-t-elle de complexifier son environnement de travail ?
« Nous avons repris la technique opératoire traditionnelle étape par étape de façon à ce que ce ne soit pas le chirurgien qui s'adapte au système mais que notre système s'adapte aux besoins du chirurgien », explique François Urvoy.
Bertrand Semay acquiesce : « Nous voulons que le chirurgien reste au centre de la décision. Le robot est là pour l'accompagner, pas pour le remplacer ni pour lui imposer une façon de faire. »
Cet équilibre entre innovation technologique et respect du geste chirurgical est au cœur du récit d’Orthotaxy. Il permet aussi de comprendre pourquoi l’entreprise ne revendique pas seulement une performance technique, mais une manière de concevoir : observer les pratiques, identifier les points de friction, puis traduire ces contraintes en choix d’architecture.
Une réussite française à rayonnement international
En 2018, Orthotaxy est acquise par Johnson & Johnson MedTech. Pour la start-up grenobloise, cette intégration marque un changement d’échelle. L’enjeu n’est plus seulement de développer une technologie issue d’un écosystème local, mais de l’industrialiser, de l’adapter à des marchés différents et de la faire évoluer au contact d’utilisateurs internationaux.
Ce passage d’une start-up française à un groupe mondial aurait pu diluer l’identité initiale du projet. Les équipes interrogées insistent au contraire sur la continuité de la culture R&D grenobloise, fondée sur l’écoute du terrain et la co-construction avec les chirurgiens.
François Urvoy : « Malgré l’intégration dans un groupe international, nous avons réussi à garder une vraie cohésion d’équipe, un peu en mode start-up. Aujourd'hui, le système VELYS™ est utilisé sur les cinq continents et a accompagné plus de 220 000 interventions. Derrière ce déploiement international demeure une forte empreinte française : une grande partie de la recherche et du développement continue d'être menée sur le site grenoblois. »
Le site de Grenoble conserve ainsi une place centrale dans le développement de la plateforme. Les retours des utilisateurs, désormais issus de contextes chirurgicaux et hospitaliers très différents, alimentent les évolutions successives du système.
Les équipes travaillent en permanence avec un réseau international de chirurgiens afin d'améliorer l'expérience utilisateur, simplifier les procédures et développer de nouvelles indications. « Nous mettons régulièrement sur le marché de nouvelles versions logicielles qui intègrent les retours du terrain », explique François Urvoy. « Les chirurgiens nous disent souvent qu'ils sont impressionnés par la fréquence des évolutions », souligne Daniel Girardeau-Montaut
Cette dynamique rappelle que l’innovation ne s’arrête pas à la mise sur le marché. Dans le cas d’Orthotaxy, elle se prolonge dans une boucle continue entre ingénieurs, chirurgiens et équipes terrain.
Une innovation née à Grenoble
VELYS™ est issu des travaux menés par Orthotaxy dans la chirurgie assistée par ordinateur. Les premiers logiciels comme les premiers prototypes robotiques ont été développés sur le site grenoblois.
Un robot conçu avec les chirurgiens
Les chirurgiens ont été associés dès les premières étapes du projet. Leurs retours ont guidé les choix techniques et ergonomiques.
Une évolution continue
Le système évolue régulièrement grâce aux retours des utilisateurs. Objectif : simplifier l'usage, améliorer les performances et développer de nouvelles indications.
Orthotaxy en chiffres
- Déploiement de la robotique chirurgicale en 2015
- Intégration à Johnson & Johnson MedTech en 2018
- Le système VELYS™ : déployé sur les 5 continents, dans plus de 45 pays et a accompagné plus de 220 000 opérations
- Extension de site de 700 m2 à 1 600 m2
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