Une entreprise francaise tourne les talons aux aiguilles

Ca vient de Dijon et ca ne pique pas

Un système d’auto-injection permet de réaliser des injections sous-cutanées et intramusculaires sans aiguille, grâce à un jet de gaz sous pression.

Quand la science-fiction arrive dans le quotidien. Faute de voitures volantes – attendues pour l’an 2000, puis en 2015, avant un retour à la banale réalité du diesel roulant –, il va falloir viser plus modeste. Commençons par les aiguilles. Ou par leur disparition.

Les séries et films d’anticipation ou d’espionnage ont souvent mis en scène de petits pistolets permettant de réaliser des injections sans aiguille, avec un petit bruit de dépressurisation presque rassurant. L’enfant (ou le phobique) que nous étions s’est dit que pour les vaccins et autres piqûres, ce genre d’outils serait sans doute bien moins pénible que l’effrayante aiguille.

Rassurez cet enfant qui sommeille encore en vous, c’est pour bientôt ! L’entreprise dijonnaise Crossject planche sur un système d’auto-injection sans aiguille. Le produit, encapsulé, est propulsé dans la chair grâce à un jet de gaz sous pression. Il fonctionne en sous-cutané, en perforant deux petits trous de 0,3 mm de diamètre, ou en intramusculaire, grâce à un trou, un peu plus gros, de 0,4 mm. Pour la deuxième voie d’administration, le produit atteint environ 3 cm de profondeur, en moyenne. Pas sûr que ça fasse moins mal, mais au moins, l’approche est psychologiquement moins douloureuse.

Laissez la meule tranquille

Cela fait une vingtaine d’années que le dispositif est en développement. Imaginée dans un premier temps au sein des laboratoires Fournier, où le directeur de Crossject était chef de projet, l’idée a été reprise et développée pour huit médicaments : sumatriptan (migraines), naloxone (overdoses aux opiacés), midazolam (épilepsie), hydrocortisone (insuffisance surrénalienne), apomorphine (Parkinson), adrénaline (choc anaphylactique), méthotrexate (polyarthrite rhumatoïde), terbutaline (asthme). Un essai concluant avait aussi été réalisé avec un vaccin contre la grippe.

Principale indication pour le système : les situations d’urgence. Il délivre le produit, pré-rempli et à usage unique, en 50 ms par simple pression sur la peau. En février, la FDA américaine a attribué le statut de médicament orphelin à Zeneo Midazolam, lui permettant d’avoir accès à des aides au financement d’essais cliniques, un allègement des procédures pour l’AMM et des facilités de mise sur le marché.

Le constructeur mise sur 2020 pour la commercialisation avec, à le clé, un marché conséquent. « On parle de plusieurs centaines de millions d’euros », explique Patrick Alexandre, PDG de l’entreprise dijonnaise. « Quand vous essayez de projeter Crossject dans l'avenir, l'unité que vous devez avoir en tête, c'est plus le milliard d'euros que le million ». Le train semble être sur la bonne voie...

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

Vous aimerez aussi

L’alliance du thermomètre et du stétho fait long feu
Ca vient de Dijon et ca ne pique pas

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.