Un médecin en quarantaine : "je vais me raser la barbe et travailler avec un masque"

De retour d’un voyage en Italie pour assister au carnaval de Venise, le Dr Arnaud Depil-Duval a été placé en quarantaine. Ex-chef du service des urgences du CH Eure-et-Seine brutalement débarqué, l'urgentiste est désormais chargé "qualité de vie au travail & nouvelles technologies" à l'hôpital Lariboisière. Il nous raconte la suite rocambolesque des événements à son retour d'Italie. Mais aussi pourquoi il va retourner travailler dès aujourd’hui à Lariboisière, après une petite semaine de quarantaine.

What’s up Doc. Comment allez-vous ? Comment vivez-vous cette mise en quarantaine ?

Arnaud Depil-Duval. Je vais bien, merci. C’est une situation un peu ridicule, car cela ne reste qu’une grosse grippe. Je rappelle que le Covid-19 est 20 fois plus mortel que la grippe, mais simplement pour les patients à risque, les patients fragiles. Si on est jeune et en bonne santé, le taux de mortalité est de 0,3% avec le Covid-19, contre 0,1% pour la grippe. On peut donc se dire que 0,3%, c’est énorme. Mais on oublie juste que 99,7% des personnes guérissent spontanément. Donc, c’est moins dangereux que de faire de la trottinette à Paris…

Le principal vecteur de transmission, ce sont les mains

WUD. Pourquoi êtes-vous en quarantaine ?

A. D. D. Je suis parti à Venise pour le carnaval qui a finalement été annulé. Sur place, c’était la psychose. Tout le monde était obsédé par les masques de protection. Or, le principal vecteur de transmission, ce sont les mains. Le risque est beaucoup plus grave quand on porte les mains au visage ou qu’on se serre les mains. Par contre, le risque respiratoire est relativement faible, car il faut être en contact prolongé, de face… Par ailleurs, les gens ne savent pas utiliser les masques. Quant aux masques FFP2, mais il faut savoir qu’il faut changer le masque toutes les 4 heures… Et puis, il faut aussi mettre l’élastique du bas pour que cela soit efficace, ce que tout le monde ne fait pas…

À la descente de l’avion, pas de masques, rien !

WUD. Que s’est-il passé quand vous êtes revenu en France ?

A. D. D. J’avais reçu par mail une note de la DGS (direction générale de la santé) qui expliquait que tous les gens qui revenaient d’Italie devaient se mettre en quarantaine, donc je l’ai fait. Mais, ce qui est assez amusant, c’est qu’en Italie, il y avait deux agents de la sécurité civile italienne qui prenaient notre température. Mais quand je suis revenu en France, rien ! On a pris l’avion tous ensemble sans masque, donc autant dire que si on n’était pas contaminés au départ, il suffisait qu’un seul le soit dans l’avion pour que l’on ait des risques d’attraper le virus, car la circulation de l’air dans les avions n’est pas optimale. Puis, arrivés, à Roissy, à la descente de l’avion, pas de masques, rien ! Si on était vraiment en quarantaine, on aurait pu mettre un distributeur de masques chirurgicaux… Tout ce qu’il y avait, c’était un panneau qui disait « vous revenez d’Italie, vous êtes en quarantaine. » Donc, on part librement comme ça dans la nature quand on doit être mis en quarantaine, cela laisse désirer en termes d’organisation.

Je serai resté une petite semaine en quarantaine

WUD. Que s’est-il passé par la suite ?

A. D. D. Entre deux, j’avais appelé mon chef de Lariboisière en lui demandant ce qu’on pouvait faire, car un médecin de moins dans les effectifs, c’est l’horreur. Je me suis dit : « Je vais me mettre en UHCD (unité d'hospitalisation de courte durée ; NDLR). Les internes vont aller voir les malades en première intention, et moi, j’irai voir le malade, seulement s’il y a un problème ou si je suis sûr qu’il n’a aucun risque immunodéprimé ». Le tout, bien sûr, avec un masque de protection.

Mais on a reçu une nouvelle recommandation du Haut conseil de la santé publique qui s’est bien aperçu que si on commençait à mettre tous les soignants en quarantaine, on aurait un problème sur la prise en charge des patients. En réalité, on se rend compte que l’hôpital ne va pas pouvoir tourner sans les soignants. Donc, ils ont évalué la situation en disant : « si vous n’êtes pas symptomatique, vous pouvez consultez avec des mesures de protection ». Coup de chance, je suis rentré mercredi dernier (le 26 février, NDLR) d’Italie, et j’étais en vacances jusqu’à dimanche dernier. Donc, j’ai fait en sorte de démarrer ce mercredi, mais je vais me raser la barbe et je vais travailler avec un masque.  Donc, je serai resté une petite semaine en quarantaine.

Une grippe, c’est 8 000 morts par an

WUD. Un dernier message à faire passer ?

A. D. D. Et, puis, il faut mettre fin à la psychose en rappelant que le Covid-19 n’est pas l’une des maladies les plus dangereuses qui existent, qu’il suffit de mettre des moyens de protection à hôpital, en respectant par exemple les mesures barrière. Aujourd’hui, tout le monde « psychote » avec le coronavirus, mais c’est la grippe, ni plus ni moins. Sauf qu’en France, quand les gens sont grippés, contrairement aux asiatiques, ils ne mettent pas de masques. Tout le monde crache un peu partout ses virus partout, et cela ne gène personne. Aujourd’hui, le coronavirus a fait environ 2 000 morts dans le monde, alors que dans le monde, une grippe, c’est 8 000 morts par an (8 100 en France en 2018), donc on n’est pas dans la même échelle…
 

Portrait de Julien Moschetti

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