Aurélien Rousseau.
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D’emblée, Aurélien Rousseau inscrit la mobilisation des médecins libéraux dans un registre exceptionnel. « La grève des médecins libéraux n’est pas un événement comme un autre. Elle témoigne par son ampleur de la rupture de quelque chose », écrit-il, ajoutant qu’aucun responsable politique ne peut rester indifférent, « et surtout pas quand on a été ministre de la Santé ».
L’ancien ministre rappelle le contexte des négociations conventionnelles relancées fin 2023, qui ont abouti à une nouvelle convention médicale en 2024. Il y voit le résultat d’un choix politique assumé : « écouter loyalement les critiques et donner les signaux indispensables pour que la médecine libérale se sente respectée ». Mais il constate aujourd’hui un climat dégradé, marqué par une défiance persistante.
« Je pense que le mouvement de grève était légitime »
Contrairement à certains discours visant à minimiser ou discréditer le mouvement, Aurélien Rousseau affirme clairement sa position : « Je pense que le mouvement de grève était légitime ». Il estime même que ses objectifs ont été atteints sur deux points majeurs.
D’abord, démontrer une réalité structurelle trop souvent éludée : « le système de santé ne peut pas tenir sans la médecine libérale ». Ensuite, faire passer un message politique fort, celui d’un ras-le-bol : « on ne peut pas changer les règles du jeu chaque année dans la LFSS, et les médecins ont besoin de stabilité et de visibilité ».
Sur ce point, l’ancien ministre rappelle la finalité même de la convention médicale, qu’il décrit comme un outil de sécurisation sur le long terme : « C’est à ça que sert une convention quinquennale signée entre l’Assurance maladie et les syndicats représentatifs ».
Aurélien Rousseau condamne les attaques contre Stéphanie Rist ou Thomas Fatome
« On ne peut pas se dire qu’il n’y a pas eu d’erreurs », écrit-il, estimant toutefois que celles-ci ont été identifiées et que des réponses ont été apportées. Il appelle les responsables politiques, députés comme sénateurs, à tirer les conséquences de cet épisode : « ne déstabilisons plus à l’avenir le contrat passé entre la CNAM et les médecins libéraux ».
Si Aurélien Rousseau reconnaît l’utilité du mouvement et les enseignements qu’il a permis de faire émerger, l’ancien ministre considère désormais que la grève doit prendre fin. Il condamne explicitement « la violence de certaines attaques contre la ministre et la CNAM » et alerte sur un contexte sanitaire particulièrement tendu.
Sortir de l'impasse par le dialogue
Les urgences, publiques comme privées, sont selon lui « dans la zone de rupture », alors même que « les épidémies hivernales tapent fort ». Une situation qu’il dit percevoir directement sur le terrain, dans les services accessibles aux habitants de sa circonscription, où « la tension est à son paroxysme ».
Le cœur de son message est politique : « Refuser le dialogue, c’est refuser de sortir d’un conflit qui va s’enliser dans une impasse », avertit-il. « Si l’idée est de pousser le système à la rupture (…) et de n’accepter de discuter qu’ensuite, alors ce mouvement ne sera pas à la hauteur du moment ».