Un croisé contre les accidents médicaux

Le combat d’un ex-neurochirurgien américain devenu avocat

Lawrence Schlachter est avocat. Mais il est aussi médecin. Il s’est spécialisé dans la défense des victimes d’erreurs médicales. Son combat a récemment trouvé un certain écho dans les médias américains, et son message est pour le moins radical.

 

A la fin du mois dernier, une étude du New England Journal of Medicine avait fait grand bruit aux Etats-Unis : elle montrait qu’au cours des 10 dernières années, un tiers des procédures pour erreur médicale concernaient seulement… 1% des médecins du pays.

Ni une, ni deux, l’avocat Lawrence Schlachter, spécialisé dans les erreurs médicales, prend sa plume pour écrire une tribune dans le Wall Street Journal. Il y affirme qu’on pourrait « éliminer un tiers des erreurs médicales, la douleur des patients qui va avec, ainsi que les coûts liés à la chirurgie de reprise, aux soins de longue durée et aux paiements d’indemnités, en supprimant les 1 % des médecins les moins bons ».

Ouch. Le coup est d’autant plus rude qu’il vient d’un médecin : avant d’être avocat, Lawrence Schlachter était neurochirurgien. Un accident (de base-ball) l’a obligé à déserter les blocs pour gagner les prétoires. Et il s’est spécialisé dans les contentieux médicaux. Il retrace son parcours dans une interview accordée au site américain ProPublica.

« Je me suis juste tenu à l’écart »

« Quand vous êtes dans la pratique médicale, vous ne voyez rien des affaires juridiques, à moins d’y être impliqué ou d’avoir à y témoigner », explique-t-il. Mais il reconnaît que parfois, cette cécité a quelque chose de volontaire. « Lorsque l’un de mes associés a été poursuivi, je pensais qu’il avait fait une erreur mais je n’ai rien dit », confesse-t-il. « Je me suis juste tenu à l’écart ».

Cette timidité de l’ancien médecin est bien révolue maintenant qu’il est devenu avocat. Il ne cesse désormais de dénoncer le caractère timoré de ses anciens confrères. « Pourquoi tous les médecins ne frappent-ils pas à ma porte pour apporter des témoignages d’expert […] ? », fait-il semblant de s’étonner. « J’ai du mal à trouver des gens pour m’aider. D’un autre côté, pourquoi il y en a tellement qui veulent témoigner pour la partie adverse ? ».

« Si les gens ont peur, ils ont plus de chances de faire les choses correctement »

Les solutions ? Pour Lawrence Schlachter, elles ne peuvent être que drastiques. « La seule façon de rendre les gens responsables, s’ils ne veulent pas l’être, est de leur retirer leur autorisation d’exercer ou leur revenu […]. Si les gens ont peur, ils ont plus de chances de faire les choses correctement. Chacun agit en fonction de son intérêt personnel. C’est comme ça que les choses fonctionnent ».

Une vision bien pessimiste et bien américaine, diront certains. Sauf qu’en France, faut-il le rappeler, la Haute autorité de santé (HAS) estime qu’un patient hospitalisé sur dix est victime d’un événement indésirable lors des soins. Le message de Lawrence Schlachter ne concerne donc pas que les Etats-Unis.

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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