Télémédecine et espace

Quand les soins prennent de la hauteur

À l’Université d’été de la e-santé à Castres, le Cnes revient sur des initiatives de télémédecine qu’il a contribué à lancer. Le Cnes, le Centre national d’études spatiales ? Oui, celui-là !

Lorsqu’on évoque Claude Allègre, c’est en priorité au ministre de l’Éducation nationale que l’on pense. Celui qui voulait « dégraisser le mammouth ». Mais il était aussi ministre de la Recherche et de la Technologie. Et, à son arrivée aux affaires en 1997, il a donné une impulsion à la télémédecine en France. 

Comment ? En chargeant le Centre national d’études spatiales (Cnes) d’étudier une question simple : les communications satellitaires peuvent-elles servir la santé publique ? La réponse du Cnes fut claire : oui. C’est ce que rappelle le Dr Antonio Guell, spécialiste à la retraite de médecine spatiale au Cnes, et présent à la 12e édition de l’Université d’été de la e-santé, à Castres.

Expérimentation en Guyane

Depuis, des projets ont été menés à bien, et d’autres sont encore en expérimentation. Plusieurs d’entre eux sont mis en avant à Castres. Ils bénéficient tous de l’expertise du Cnes, et utilisent la transmission de données par satellite, ce qui autorise une mobilité totale dans des zones blanches et inaccessibles.

Le Cnes a ainsi participé à mettre en place un réseau de 19 centres de santé en Guyane depuis 2000. Ophtalmo, gynéco-obstétrique, pédiatrie, parasito et six autres spécialités sont accessibles, et permettent l’économie de voyages qui prennent parfois plusieurs jours, ou nécessitent un héliportage. Les téléconsultations permettent ainsi d’économiser 700 000 euros par an en frais d’hélicoptère.

De l’Amérique du Sud à la Lozère

Plus proche de la métropole, d’autres initiatives sont présentées à l’Université d’été de la e-santé. Parmi elles, Diabsat, un programme itinérant de dépistage des complications chroniques du diabète initié en 2010. Un petit camion sillonne les routes du Sud de la France et s’installe sur les parkings des maisons de santé à la rencontre des patients. En huit ans, il en a reçu plus de 4 000.

Rétinographie, mesure des index de pression systolique à la cheville, évaluation des risques de plaies du pied, prise d’empreintes podométriques, dépistage de l’artériopathie des membres inférieurs… Le camion est en contact avec trois médecins hospitaliers et deux libéraux, dont un podologue et un ophtalmo.


Camion Diabstat

Le dispositif, qui a coûté 150 000 euros, a été financé par le Cnes, le fonds d’intervention régional de l’ARS et le réseau régional de diabétologie (Diamip). Chaque année, les frais de fonctionnement sont évalués autour de 50 000 euros. « Le coût est pertinent », insiste le Dr Jacques Martini, diabétologue au CHU de Toulouse, qui représente le projet à l’Université de la e-santé. « Cela représente moins de 100 euros par patient ». Compte-tenu du ce que coûterait le déplacement d’autant de patients en ville ou de cinq spécialistes en campagne, il estime que le jeu en vaut largement la chandelle. « Et cela, sans compter l’impact à moyen et long terme », ajoute-t-il.

De la Guyane à l’Occitanie, la télémédecine profite des financements du Cnes. Elle profite également de son expertise technique. Jean-Pierre Bucau, ingénieur télécom chargé d’affaires en e-santé au Cnes, invite les autres acteurs, les entreprise et les start-ups qui souhaiteraient en profiter, à le contacter. « L’accompagnement que nous proposons est gratuit, alors il ne faut pas hésiter ! », conclut-il.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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