Santé mentale en prison : la France à la peine

Human Rights Watch dénonce la prise en charge psy des détenus

L’ONG Human Rights Watch vient de publier un rapport au vitriol sur la prise en charge des détenus atteints de troubles psychiatriques dans les prisons françaises. Intitulé « Double peine », il dénonce une insuffisance d’accès aux soins pour une population pourtant très vulnérable.

 

Si « la qualité des soins de santé mentale varie grandement entre les 188 prisons françaises », elle est globalement insuffisante, estime Human Rights Watch dans son rapport. L’ONG pointe en particulier une « grave pénurie de professionnels de santé mentale » : en 2012, on comptait ainsi moins d’un psychiatre pour mille détenus.

Une offre de soins inadaptée ou insuffisante

« En ne dotant pas les prisons des ressources adéquates en personnel spécialisé dans la santé mentale, la France manque à son obligation de fournir aux détenus présentant des troubles psychiatriques les soins de santé mentale auxquels ils ont droit en vertu du droit français et du droit international », dénonce ainsi le rapport, cité par l'agence de presse APM.

« Lorsqu’il n’y a aucune UHSA à proximité d'une prison ou s'il n'y a aucune place disponible dans une UHSA, les détenus demandant un suivi sont alors admis en hôpital psychiatrique ou attendent dans leur cellule », explique Human Rights Watch. Les détenus sont alors souvent placés en chambre d’isolement, sous contention, pour des raisons de sécurité que ne justifie pas leur état clinique.

Améliorer l’attractivité de la psychiatrie carcérale

L’ONG pointe également un problème de discrimination. Très minoritaires dans la population carcérale, mais plus vulnérables au plan psychiatrique, les femmes souffrent d’un accès réduit à l’offre de soins. Sur les 26 services de soins médico-psychologiques régionaux (SMPR), qui permettent une prise en charge au sein de la prison, un seul dispose de lits pour femmes.

En conclusion, le rapport enjoint les pouvoirs publics à traiter « l'insuffisance actuelle de la prise en charge au quotidien et des conditions de vie » en prison. Il appelle en particulier le ministère de la santé à « fournir les ressources financières nécessaires pour embaucher et retenir » les spécialistes, et à s’atteler à l’absence d’attractivité de la psychiatrie carcérale.

La psychiatrie en prison, ce rocher de Sisyphe

« Le rapport est intéressant, il permet de faire bouger les choses et de faire entendre ce qui se passe en prison », estime le Dr Michel David, psychiatre en milieu carcéral et président de l’Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP). « Mais ne parler qu’en termes de moyens, c’est aussi faire l’économie de la question de la prison en général. »

Pour Michel David, les conditions de vie en prison rendent illusoires une prise en charge vraiment satisfaisante. « Par exemple, vous allez travailler sur les problèmes relationnels d’un détenu », explique-t-il. « Mais quand il retourne en cellule, ça casse le système. C’est comme si vous alliez à l’infirmerie pour nettoyer une plaie et qu’ensuite vous la souilliez à nouveau avec de la boue. »

Une question de société

Au-delà de l’offre de soins, nécessairement limitée, il s’agirait donc de réformer le système du « tout carcéral », de limiter les séjours en prison et d’intervenir plus efficacement en amont et en aval de la prison. « Malheureusement, il y a des freins politiques et sociétaux », déplore Michel David. « Les gens préfèrent que les délinquants soient bouclés en prison plutôt que suivis dehors. »

 

En complément, lire notre interview du Dr Michel David : « La prison est un lieu où il n'est pas possible de s'épanouir ».

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

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