Réforme du 2ème cycle : l'Anemf dénonce une stratégie de rapaces des éditeurs

Dans le cadre de la réforme du deuxième cycle des études médicales, l’Anemf (Association nationale des étudiants en médecine de France) a travaillé avec les collèges de spécialité sur un référentiel unique et gratuit, afin de faciliter la hiérarchisation des connaissances et réduire le coût des ouvrages pour les externes (1329,32 euros sur trois ans). Mais les maisons d’édition contre-attaqueraient pour sauvegarder leurs marges…

Dans le cadre de la réforme du deuxième cycle des études médicales, l’Anemf (Association nationale des étudiants en médecine de France) avait initié un ambitieux travail de hiérarchisation des connaissances, en collaboration avec les collèges de spécialités et la conférence des doyens.
 
Objectif : écrire un référentiel unique, gratuit et disponible en ligne, pour « mettre fin aux insupportables redondances et contradictions générées par une non-coordination des connaissances », rappelle l’Anemf dans un communiqué daté du 14 octobre. Mais cet outil pédagogique crucial pour les étudiants pourrait ne pas voir le jour en raison de la contre-attaque actuelle des maisons d’édition…
 
Mais pourquoi donc au juste élaborer un référentiel unique ? Car « les connaissances sont enseignées dans plusieurs spécialités différentes que l’on retrouve dans plusieurs ouvrages, précise Sébastien Villard, le vice-président chargé des études médicales de l’Anemf. En tout, il y a plus d’une trentaine d’ouvrages différents. C’est insupportable pour les étudiants car ils doivent regarder plusieurs ouvrages et en faire un condensé. »

Glissement des connaissances

Un travail de fond sur le programme et les connaissances à maîtriser à la fin du deuxième cycle a donc été engagé. Les collèges de spécialités ont été missionnés pour présenter une première version réduite et hiérarchisée des nouveaux référentiels qui seront hiérarchisés en 3 niveaux de connaissances (lire encadré ci-dessous). Celles-ci devraient permettre d’obtenir une version définitive cohérente avec l’exercice médical et les objectifs de deuxième cycle, sous la forme d’un référentiel unique.
 
« Les étudiants doivent intégrer beaucoup de connaissances durant leur externat en vue des ECN, explique Sébastien Villard. Mais il y a eu un glissement des connaissances. Pendant le 2ème cycle, on doit actuellement apprendre des connaissances dites de surspécialisation qui doivent être apprises par les externes. Nous avons donc travaillé avec les collèges pour hiérarchiser les connaissances. »
 
Un beau projet sur le papier qui pourrait être réduit à néant car « les maisons d’édition, notamment Elsevier Masson, se rapprochent actuellement des collèges de chaque spécialité pour leur donner de l’argent, pour que l’on continue comme cela fonctionnait jusqu’alors, pour que chaque spécialité continue à travailler dans son coin », regrette Sébastien Villard.

Les éditeurs militent pour le statut quo

Il estime en effet que les éditeurs désirent « garder un référentiel pour chaque spé, et non pas un référentiel unique et commun pour tous les étudiants. Ils essaient de remettre en cause le travail collaboratif qui a été effectué pour élaborer ce référentiel unique. »
 
Les éditeurs ont en effet tout intérêt à militer pour le statut quo car, aujourd’hui, « les étudiants doivent acheter un livre par spécialité, ce qui leur coûte au total plus de 1329 euros durant leur externat, poursuit Sébastien Villard. De plus, il y a plusieurs rééditions durant les trois ans, donc ils sont obligés d’acheter plusieurs fois le même livre. » Une somme faramineuse quand on sait que de nombreux étudiants sont déjà en très grande précarité….

Le ton du communiqué de presse de l’Anemf est encore plus virulent : « les maisons d’édition adoptent une stratégie de rapaces, négociant l’achat des droits papiers et numériques de ce travail collectif auprès des collèges de spécialités en sacrifiant les étudiants sur l’autel du profit. »

Et d’ajouter que « les connaissances médicales ne font pas exception au concept de Science Ouverte ! Elles ne doivent pas être la source d’un bénéfice comme l’a déjà signifié à maintes reprises Mme La Ministre de l’Enseignement Supérieur ! De quel droit les maisons d’édition se permettent-elles de contrôler l’accès aux savoirs des futurs professionnels de santé ? »

À l’encontre de l’égalité des chances

Il n’est donc pas difficile de comprendre que ce référentiel unique pourrait déboucher sur « un progrès social pour tous les étudiants en raison de sa gratuité, ajoute Sébastien Villard. S’il était remis en cause, cela ira donc à l’encontre de l’égalité des chances. »
 
En attendant, l’Anemf souhaite que le travail de rédaction du référentiel reprenne tout en demandant aux collèges de prendre leurs responsabilités. « La balle est dans leur camp. Ils ont déjà fait un gros travail collaboratif, il faut maintenant qu’ils puissent l’achever », plaide Sébastien Villard, qui espère trouver des solutions « pour que les collèges trouvent leur compte sur le plan financier, sans pour autant remettre en cause le référentiel unique ».

Une chose est sûre : « Les étudiants en médecine ne pourront tolérer que des collèges d’enseignants privilégient sciemment l’enrichissement de leur structure au progrès qualitatif et social de leur formation », met en garde dans son communiqué l’Anemf qui appelle les collèges de spécialités « à résister aux offres alléchantes des maisons d’édition et à préserver leurs étudiants déjà en situation précaire ! »
 

3 niveaux de connaissance
Les collèges ont défini 3 rangs de connaissances, selon le degré d’importance pour l’exercice médical : rang A, comprenant les connaissances de base de tout médecin, notamment les urgences et les pathologies communes ; rang B, comprenant les connaissances de spécialités devant être maîtrisées par tous les internes de premier semestre ; rang C représentent les éléments de spécialités, au programme du troisième cycle.
Portrait de Julien Moschetti

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