Qu'est-ce qu'un interne de premier choix ?

WUD entame une collaboration avec la blogueuse l'externe, qui va chroniquer chaque semaine pour vous son quotidien à l'hôpital. Douces et amères, ces chroniques mettent en exergue les bizarreries, injustices, mais aussi les moments de joie et de tendresse qui émaillent la vie hospitalière. Aujourd'hui la blogueuse du CHU va nous éclairer sur une étrange expression : l'interne de premier choix. 

« C'est un interne premier choix ». La première fois que j'ai entendu cette phrase dans la bouche d'un médecin, j'ai pensé à une expression supposée humoristique qui comparerait l'interne à une pièce de boucher. Il y aurait les premiers et les second choix. Les filets label rouge et les abats.Vu le genre d'humour de l'hôpital, et l'obsession ambiante pour les classements divers et variés, ça ne m'avait pas vraiment étonnée. Sauf que l'interne premier choix était toujours censé être moins compétent que les autres... pas très cohérent avec mon explication.

 

Après avoir posé la question aux spécialistes de pointe, j'ai découvert que l'interne premier choix était simplement celui qui venait de faire son premier « choix » de stage et qui débute donc tout juste son internat. Les choix de stage (si tant est que l'on puisse appeler stage un emploi à temps plein, mais enfin c'est bien commode) se fait dans une bonne vieille ambiance de foire aux bestiaux, comme avait lieu auparavant le choix des spécialités— celui-ci est aujourd'hui délégué à « CELINE », nom du logiciel informatique voué à cette tâche ingrate (et donc forcément on lui a collé un nom féminin).

 

Le néo-interne, débarrassé de l'enfer du bachotage pour l'ECN et toute à sa joie nouvelle, est vite rappelé à la réalité : il va devoir traîner son classement ECN pendant des années comme on traîne ses casseroles... Celui qui est arrivé dernier de sa fournée de co-internes régionaux se retrouvera donc à faire ses « choix » en dernier... sans avoir trop le « choix », et cela pendant deux, trois, quatre ans... J'ai du mal à imaginer la douleur de l'interne qui se retrouve à devoir partir à 200 km de chez lui car, quatre ans plus tôt, il a raté le QCM sur le taux de remboursement de la téléconsultation chez un cardiologue... probablement 8/10 en échelle numérique.

 

Tous massés dans une grande salle, les postes d'internat sont donc lâchés aux fauves, premier arrivé premier servi. On tremble à l'idée de passer six mois dans le service Pastis et Cacahuète du Professeur Limace qui, malgré son nom amusant, a la réputation de harceler ses équipes jusqu'au suicide et de vous faire faire le double d'heure (au même tarif bien sûr). On rêve d'aller dans le service Jambon et Conserves du Professeur Chourouge à propos duquel la légende parle d'une chambre de garde propre et de la possibilité de poser des congés.

 

Quoi qu'il en soit, le premier choix arrivera tel un cheveu sur la soupe dans son nouveau costume de docteur. Lorsque j'ai annoncé à un ami que j'allais commencer par les Urgences, je l'ai vu blêmir... Envoyer les petits bleus aux Urgences, mais ils sont fous !

 

Alors, bonne chance à tous ceux qui font leurs choix sans choix et surtout... bonne chance aux patients qui n'auront pas toujours le choix d'avoir ou non devant eux, un premier choix.

 

Remarque : on dit plutôt premier semestre que premier choix aujourd'hui, sinon ça fait ringard.

Portrait de La blogueuse du CHU

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