Pr Olivier Guérin.
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What’s up Doc : Vous êtes gériatre et impliqué dans les enjeux du vieillissement. Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer pourquoi vous avez accepté de participer à MedInTechs Society ?
Pr Olivier Guérin : Je suis professeur de médecine en gériatrie à l’université Nice Côte d’Azur et chef du pôle de gériatrie du CHU de Nice. Au-delà de ces activités, je m’intéresse depuis longtemps aux sujets d’innovation digitale et de transformation du secteur de la santé, notamment dans l’approche du bien vieillir.
J’ai eu un parcours un peu atypique puisque j’ai été adjoint au maire de Nice, notamment sur les sujets de santé, avec aussi un volet innovation dans le cadre de mes mandats métropolitains sur le développement économique. Aujourd’hui, je suis vice-président et président du conseil scientifique de Future4care, un accélérateur pour les entreprises du digital en santé, soutenu par Sanofi, Capgemini, Orange et Generali.
Ce sont des sujets qui m’intéressent beaucoup. Ma présence à MedInTechs Society s’inscrit dans cette continuité.
« La transformation digitale, à la fois sur la prise en soin et sur la prévention, est un sujet essentiel en gériatrie »
La gériatrie a beaucoup évolué ces dernières années. Comment décririez-vous cette transformation ?
OG. On quitte le champ du curatif de la personne âgée polypathologique, qui était le cœur d’action de la gériatrie à l’hôpital, pour saisir le sujet des gérosciences et de la prévention. C’est-à-dire la prévention pour vieillir en santé et en autonomie.
Avec la transition démographique qui arrive, le nombre de personnes âgées va fortement augmenter dans les 30 prochaines années. Or les ressources humaines que l’on connaît aujourd’hui dans le champ sanitaire ne seront absolument plus en capacité de prendre en soin une population aussi importante.
On ne tiendra pas en ne faisant que du curatif. La transformation digitale, à la fois sur la prise en soin et sur la prévention, est un sujet essentiel. On est à l’aube d’un changement profond, y compris d’organisation du système de santé et de modification des métiers. On est en train de bâtir un nouveau système de santé.
Vous portez une vision élargie du « bien vieillir ». Comment le définissez-vous ?
OG. Le bien vieillir est bioclinico-psycho-socio-environnemental.
Il y a la partie biologique, avec les gérosciences, les biomarqueurs prédictifs et toutes les sciences omiques. Il y a la partie clinique, qui est le cœur du métier des soignants. Il y a la partie psychologique, qui est particulièrement mal prise en compte en France : apprendre à mieux gérer ses émotions, le stress, l’anxiété, détecter les psychotraumatismes. Il y a le social, parce que la trajectoire de vieillissement en santé nécessite un bon lien social et un sentiment d’utilité sociale. En gériatrie, on sait que le sentiment d’utilité sociale est l’un des leviers les plus puissants du bien vieillir. Et enfin l’environnemental, avec la question de l’exposome et de l’impact de l’environnement sur les trajectoires de vieillissement.
« L’organisation de parcours de prévention structurés, en lien avec les parcours de soins, nécessite naturellement du digital »
Vous lancez un projet de recherche sur ces questions. De quoi s’agit-il ?
OG. Je lance un grand projet de recherche qui s’appelle BVE, Bien vivre ensemble, dans les Alpes-Maritimes, portant sur 30 000 personnes de plus de 55 ans. L’objectif est de travailler sur la capacité à personnaliser et organiser la prévention, notamment via des parcours d’intervention.
Aujourd’hui, les consultations de prévention ne répondent pas à ce sujet. On fait éventuellement un état des lieux, puis on dit « mangez mieux, bougez plus, soyez moins stressé », mais personne n’est capable de donner la bonne réponse opérationnelle sur ce qu’il faut faire concrètement.
L’organisation de parcours de prévention structurés, en lien avec les parcours de soins, nécessite naturellement du digital. Il y a un sujet d’accessibilité, d’empowerment, de structuration territoriale. Rien de tout cela n’est aujourd’hui organisé à la hauteur des enjeux.
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Concrètement, que venez-vous porter à MedInTechs Society ?
OG. Le sujet, pour moi, n’est pas tant la qualité des innovations que la façon dont on les intègre.
Il existe déjà énormément de produits, de solutions et de services. Dans un CHU, je reçois plusieurs fois par jour des sollicitations pour des innovations. Mais on ne peut pas, dans un système de santé qui doit se réorganiser complètement, implémenter des dispositifs les uns derrière les autres, de manière parcellaire.
Ces solutions répondent souvent à des besoins spécifiques, mais elles ne s’inscrivent pas dans une vision globale. On ne peut pas rajouter un outil par-dessus un autre en permanence. Il faut une capacité d’implémentation unique, cohérente, qui rende réellement service.
Il y a un vrai sujet d’industrialisation, d’implémentation et de conduite du changement. Sinon, même une innovation pertinente est perçue comme une contrainte, parce que les professionnels sont déjà sous l’eau. Le digital doit faire gagner du temps aux soignants et sécuriser les parcours, pas ajouter une couche supplémentaire de complexité.
« Le vieillissement n’est pas la gériatrie. Le vieillissement concerne tout le monde »
Pourquoi les médecins, au-delà des gériatres, devraient-ils s’intéresser à cette thématique ?
OG. Le vieillissement n’est pas la gériatrie. Le vieillissement concerne tout le monde.
À part peut-être le champ de la pédiatrie, tous les professionnels de santé sont concernés : médecins de toutes spécialités, infirmiers, IPA, professionnels du champ psycho-social, acteurs de l’activité physique adaptée. Le vieillissement traverse toutes les pratiques.
MedInTechs Society doit être un lieu où l’on confronte l’innovation à la réalité du terrain. L’enjeu n’est pas d’empiler des technologies, mais de les intégrer de manière stratégique pour répondre à un défi démographique majeur.
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