Portraits de femmes médecins et féministes : Jenny d’Héricourt

La médecine peut susciter le féminisme. Ou pas. Mais chez les pionnières qui l’ont pratiquée, elle a amené une liberté de parole sur le corps longtemps (encore ?) interdite aux femmes. Son exercice a fait naître aussi chez elles l’indignation, car elle leur a fait observer les inégalités de traitement entre le corps des hommes et celui des femmes.

 Il faut de l’audace pour étudier la médecine, lorsqu’on est une femme et qu’on naît comme Jenny d’Héricourt en 1809. C’est ce qu’elle fait en autodidacte. Et elle ne se contente pas d’une transgression, elle étudie également une autre « discipline d’homme » : la philosophie. Son exploration personnelle de la médecine ne demeure pas sans fruit : elle devient officiellement sage-femme en 1859 et elle exerce aussi la médecine aux États-Unis à partir de 1864.
 
Ses recherches en philosophie ne sont pas moins vaines. En 1860, elle publie un ouvrage intitulé « La Femme affranchie » où elle attaque des intellectuels de renom, mais néanmoins misogynes. Son propos, comme elle le dit très bien, a certainement été trouvé « viril » par ses adversaires. Il confirme en tout cas que la médecine lui a donné une liberté de parole qu’elle revendique :
 
« Les adversaires de la cause que je défends […] n’ont pas reculé devant la nudité des lois biologiques et des détails anatomiques : je les en loue : le corps étant respectable, il n’y a point d’indécence à parler des lois qui le régissent ; mais comme ce serait de ma part une inconséquence que de croire blâmable en moi ce que j’approuve en eux, vous voudrez que je suive sur le terrain qu’ils ont choisi ». Comment peut-on imaginer contester une telle requête ?
 
Sources : « La Femme affranchie », à lire en ligne sur le site de Bayerische StaatsBibliothek Digital et le Dictionnaire des féministes.

Portrait de Bérénice de la Mole
article du WUD 46

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