Plan meurs

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Critique de "Plan 75" de Chie Hayakawa (sortie le 7 septembre 2022)

Plan meurs

Le gouvernement japonais, face au vieillissement de la population et au chômage grandissant, décide de mettre en place une politique d'incitation à l'euthanasie chez les plus de 75 ans et confie l'organisation du protocole à une entreprise privée. Le film suit une septuagénaire et deux employés de la firme confrontés à la réalité du processus. Plus qu'une fable dystopique, Plan 75 est un film qui ausculte la solitude et qui postule que la promotion du droit à mourir est avant tout une conséquence de l'individualisme moderne. 

La semaine où Jean-Luc Godard est mort aidé par le dispositif de suicide assisté, nous vient du Japon - et de Cannes, où il a reçu une mention spéciale par le jury de la Caméra d'Or - ce curieux film, à la lenteur étirée à l'extrême, qui pourrait en être l'illustration. Sauf que c'est tout l'inverse. Ici, pas de gens à bout de souffle ou en fin de course, mais des "vieux" devenus encombrants et qui commencent à empêcher les jeunes générations de vivre selon toute leur potentialité. Alors, pourquoi ne pas se séparer des moins motivés à vivre ? En les remerciant grâce à un accompagnement personnalisé et en indemnisant leurs frais d'obsèques. Un droit qui masque mal un devoir citoyen. 

A partir de ce postulat, présenté dans un prologue qui constituera le seul moment de violence explicite, Chie Hayakawa imagine le destin d'une japonaise choisissant d'intégrer ce "plan 75", sans que ses motivations soient claires - mais est-ce important, dans ce film dont la mise en scène est basée avant tout sur le hors champ ? Linéaire, le scénario est assez démonstratif, mais l'on aurait tort de croire qu'il dénonce le droit à mourir dans la dignité, tant sa cible est avant tout l'exclusion sociétale dont sont victimes les seniors et qui, érigée en fatalité, ne peut que conduire à une dérive eugénique qui ne dit pas son nom. Il est vrai que le Japon est particulièrement touché par ce phénomène, mais le souvenir encore récent de la première vague de COVID doit nous rappeler que notre société n'est pas exempte de cette tentation. 

Il faut savoir passer outre la torpeur de la narration, souvent plus léthargique qu'hypnotique, et se laisser saisir par le principal atout du film : un saisissant portrait de femme aux prises avec sa solitude, qui ne sait plus très bien si elle veut vivre ou mourir, interprété par une actrice impressionnante, dont le jeu sobre et profond nous hantera longtemps. 

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