Pau : 1 jeune médecin (et 1 kiné) anticipent la désertification médicale !

Créer une structure de soins primaires innovante à Pau, pour permettre aux professionnels de santé de « sortir de l’isolement, partager, mettre à profit les compétences de chacun et faciliter le parcours de soins ». Tel est le projet de deux jeunes professionnels de santé de la région béarnaise, à la recherche d’une équipe pluri-professionnelle pour donner corps à leurs rêves d’ici 2022. À l’origine du projet : le médecin généraliste Nathalie Deseille et le kinésithérapeute Anthony Marcoux. Tous deux sont âgés de 34 ans. Nous avons posé quelques questions à Nathalie Deseille pour en savoir plus. Tout en espérant donner envie à des professionnels de santé de les rejoindre dans cette belle aventure.
 

What’s up Doc. À quoi ressemblera votre future équipe pluri-professionnelle ?

Nathalie Deseille. Notre équipe rassemblera beaucoup de talents ! L’idée est de mutualiser les compétences pour répondre au maximum de situations de soins primaires. À la fois pour les soins, mais aussi pour la prévention, à laquelle nous sommes très attachés. Et toujours dans une vision globale des personnes et de leur santé : médico-psycho-socio-culturelle ! L’équipe est composée des professionnels de santé suivants : médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, sage-femmes, nutritionnistes, orthophonistes, dentistes, psychologues, assistantes sociales… Et, si possible des professionnels avec des compétences spécifiques complémentaires (en gériatrie, gynéco, pédiatre, addico, soins de plaie, éducation thérapeutique etc.). Nous souhaitons également intégrer des pratiques telles que la sophrologie, la méditation ou l’hypnose thérapeutique, dans une démarche de médecine intégrative.

la qualité et l’accès aux soins, mais aussi la qualité de vie et de travail des professionnels

Pour que l’équipe de professionnels de santé fonctionne bien, nous avons besoin de professionnels qui gèrent tout le reste. Car le travail collectif et son organisation demandent des compétences spécifiques et du temps. Le but est donc la qualité et l’accès aux soins, mais aussi la qualité de vie et de travail des professionnels. Les professionnels devront aussi être réunis autour d’un projet commun, autour de valeurs, d’une vision commune. C’est la base. Il faut avoir envie ! Envie de transmettre ses compétences et de progresser avec l’aide des autres par exemple. Envie de faire de la prévention. Envie d’être acteur et décideur au sein d’une équipe. Envie de développer une médecine participative.

WUD. Votre projet consiste notamment à travailler en exercice regroupé pour sortir de l’exercice isolé ?

N.D. Tout à fait. Notre pays forme des professionnels de santé très compétents dans leur domaine. Mais si l’environnement de travail ne facilite pas les interactions, on a tendance à se replier sur soi, et c’est un énorme gâchis ! Il y a une formule que j’aime bien : “Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”. Nous souhaiterions donc aller plus loin et plus vite notamment avec l’aide du numérique et d’une équipe spécifique. On a l’intention de se donner les moyens de bien travailler ensemble, de travailler de manière efficiente, en allant au fond des choses. Parce que travailler en équipe, ça peut aussi être chronophage et peu efficace. Nous souhaitons que cela soit un plaisir, un épanouissement et une satisfaction. Travailler en équipe, c’est aussi la possibilité d’organiser le temps de travail. Et nous sommes une génération qui tenons à être heureux et utiles dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle. En travaillant par exemple à temps partiel, avec une activité mixte. Chacun pourrait y trouver son équilibre, à condition que l’équilibre du collectif soit maintenu.

WUD. L’autonomie et la responsabilisation du patient sont-elles importantes à vos yeux ?

N.D. Oui, nous sommes très attachés à la prévention et à la capacité des patients à s’approprier les questions de santé. Pour des raisons éthiques, mais aussi pour des raisons pragmatiques : plus on intègre le patient dans sa globalité, plus les choix sont adaptés, et plus on est efficace en matière de santé ! L’idée, c’est donc de donner aux personnes l’envie de prendre soin de leur santé, et de leur en donner les moyens. Ces moyens existent dans le parcours de soins à proprement parler. Mais aussi, et même surtout, à l’extérieur, dans la vie des personnes : travail, alimentation, relations sociales, activités physique… Ce sont les fameux déterminants de santé.

aider les patients à être acteurs de leur santé

Pour nous, l’une des missions essentielles des professionnels de santé, c’est d’accompagner les patients dans les prises de décisions de soins (ce qu’on appelle la décision médicale partagée), et dans les actions qu’ils peuvent mener dans leur vie indépendamment des soignants. Autrement dit : les aider à être acteurs de leur santé dans leur vie en général, notamment en matière de prévention, et dans leur parcours de soins, en les aidant à s’approprier un certain nombre de savoirs et de compétences. Cela peut donc être très intéressant de créer des partenariats avec des écoles, des associations sportives, artistiques, culturelles, des entreprises…

WUD. Vous évoquez aussi une « organisation efficiente », pour notamment être capable d’utiliser astucieusement les outils du numérique…

N.D. Oui, on a vraiment envie de créer un environnement de travail et une organisation qui soient le plus optimisés possibles. À la fois dans le travail des soignants et dans l'organisation et le fonctionnement de la structure. Et, bien sûr dans la coordination des soins avec les professionnels de santé extérieurs à la structure. L’idée, c’est de libérer du temps pour les soins, mais aussi d’améliorer la qualité et le parcours de soins en facilitant la coopération et la transmission des compétences entre soignants et avec les patients. Les interactions humaines seront donc privilégiées, et les outils du numériques seront d’un grand soutien ! Nous pensons notamment à un logiciel informatique en ligne partagé par les professionnels de santé, à la création de protocoles de soins, à la transmission d’informations personnalisées aux patients via internet, à l’utilisation du DMP, de la télémédecine… Concernant l’organisation, tout ce qui ne relève pas de la santé sera réalisé par des professionnels dont c’est le métier : administratif, maintenance informatique, prise de rendez-vous et rappels…

Les Palois sans médecin traitant sont de plus en plus nombreux

WUD. En quoi votre projet pourrait répondre aux besoins spécifiques de votre région ?

N.D. On parle beaucoup du problème de démographie médicale en campagne, mais les villes sont également sévèrement touchées. Pau n’est pas encore considérée comme une zone prioritaire mais les besoins sont grandissants, notamment en médecine générale. Les aides sont débloquées dans les zones où il y a une grosse pénurie de médecins. Et nous voudrions justement éviter que cela arrive. À Pau, il y a beaucoup de départs à la retraite, et très peu d’installations. Les Palois sans médecin traitant sont de plus en plus nombreux. Nous pensons que notre projet est attractif pour les jeunes générations, et nous espérons donc faciliter l’installation de jeunes professionnels de santé. Plus globalement, notre projet répond aux objectifs de santé publique et aux recommandations dans l’évolution du système de santé français. Nous espérons donc être soutenus financièrement pour mettre en œuvre ce projet ambitieux.

WUD. En dehors des deux porteurs du projet, d’autres professionnels ont-ils rejoint déjà votre équipe ?

N.D. Nous venons de diffuser un flyer pour annoncer notre réunion d’information le mercredi 25 septembre (cf infos ci-dessous). On a pour le moment une dizaine de contacts de personnes intéressées par le projet, mais on ne peut pas dire qu’elles aient rejoint l’équipe pour le moment. Car, justement, l’objet de la réunion sera de le présenter et de voir s’il y a des affinités sur la manière de le concevoir.

WUD. Dernière question : toutes les générations sont les bienvenues ?

N.D. Absolument ! Pour le moment, on a l’impression que cela intéressera plutôt les jeunes, parce qu’on est de la même génération et qu’on a sans doute des idées similaires. Mais toutes les générations sont les bienvenues ! Nous avons besoin d’innovation et d’expérience.
 

Réunion d'information le 25 septembre
La réunion d’information se déroulera le mercredi 25 septembre 2019 à 20h, à l’adresse suivante :
Le Bel ordinaire
Allées Montesquieu
64140 Billière
[email protected]
Portrait de Julien Moschetti

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