PASS/LAS : les étudiants éliminés à l’oral portent leur combat devant la justice

Combattre l’injustice devant la justice. Les étudiants de première année recalés à la suite de l’oral à l'Université de Paris continuent leur combat pour ne pas voir leurs rêves de médecine balayés.

Après la mobilisation des étudiants et leurs parents, l’Université de Paris (issue de la fusion entre Paris-Diderot et Paris-Descartes) a reçu 4 représentants du collectif, sans pour autant aboutir à un compromis. « A l’heure actuelle, nous ne voyons pas d’évolutions suffisantes. Un recours au tribunal administratif a été déposé et un deuxième est en cours, avec le référé-suspension afin de mettre l’Université devant ses responsabilités, et débloquer la situation dès le mois d’aout, avant la rentrée », témoigne Jean*, père d’une étudiante concernée par ce problème.

Les manquements reprochés à l'Université sont « un défaut de formation et d’organisation et de l’épreuve orale ». Si le référé suspension aboutit, cela bloquera la rentrée. « Cela va contraindre l’université sur la base d’un jugement à mettre en place une solution pour augmenter le nombre de places. Si le référé ne passe pas, nous irons dans la foulée devant le Conseil d’Etat », ajoute Jean.

Pour rappel, le collectif d’étudiants reproche à l’Université, en plus de l'absence de formation des étudiants, un manque de clarté sur l’importance du poids de l’oral. Alors qu’ils étaient bien classés à la suite des écrits, ils se retrouvent sur le banc de touche, sans possibilité de redoubler. « On ne parle pas juste d’étudiants déçus. Il s’agit de points de droit, de pédagogie et les conséquences sont plus durables. Certains étudiants ne dorment plus, d’autres se disent qu’il faut attendre. On essaie de leur dire de profiter des vacances, que les avocats gèrent. Mais si le recours échoue, il y aura des conséquences humaines importantes ».

Suite à leur entrevue avec la faculté, une des étudiantes membres du collectif a envoyé une lettre au Président de la République, récapitulant leur désarroi et leurs demandes. « Nous sommes dans une démarche constructive et bienveillante, il ne s’agit pas de vous demander un passe-droit. Nous souhaitons simplement mettre fin à cette douleur profonde qui hante nos nuits depuis près de trois semaines, et mettre fin à une injustice qui a fait perdre 42 futurs médecins à la France que nous aimons tant, mais aussi, avec votre appui, faire que cela ne se reproduise plus dans les années à venir », peut-on lire dans la lettre. Ce que demandent les étudiants en effet, c'est d'être réintégrés à la promotion, aux côtés des admis actuels. 

A lire aussi : PASS : de bon classement à recalés, le désespoir d’une cinquantaine d’étudiants parisiens

Les oraux de PASS vus par une examinatrice

Corinne* était membre du jury pour les fameux oraux. Elle nous raconte les dessous de l’examen de son côté du miroir, confirmant d’abord l’absence de préparation des examinateurs. « Certains ont été avertis la veille au soir à 21h, pour remplacer des défections. Pour ma part, je n’ai pas été préparée, je n’ai pas reçu de consignes particulières. Le jour J on nous a juste dit d’être bienveillants et de ne pas donner leurs notes aux étudiants, on savait juste qu’il y aurait deux types d’épreuves. Dans le jury dont je faisais partie, nous avons été bienveillants. »

Une épreuve qu’elle reconnait difficile pour les étudiants : « ils étaient tous stressés mais ils ont joué le jeu. Vu le temps imparti et l’épreuve, c’était très difficile. On leur a présenté des figures. La figure de la matinée était plus complexe le matin que l’après-midi, par exemple. Et c’est compliqué de les commenter sans préparation et sans parler de ses connaissances de médecine. » Mais pour les examinateurs aussi : « Ça ne nous a pas amusé de faire ça, on a trouvé ça difficile. »

A la question de savoir si elle comprend les démarches des étudiants, Corinne répond par l’affirmative. « C’est lié au fait qu’ils ne peuvent pas redoubler et ils se sentent victimes d’une injustice. Ce sentiment est lié au fait qu’on ne comprend pas ce qui nous arrive. Tout a été anéanti par deux fois dix minutes d’oral et sans avoir été avertis que cela allait compter autant. Ils n’étaient pas au clair dans les règles du jeu, s’ils savaient que l’oral comptaient à trois quarts, ils auraient été moins surpris par les résultats. »

*Les prénoms ont été changés

Portrait de Constance Maria

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