"Pallier les problématiques des remplaçants"

Branle-bas de combat au syndicat Regroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants (REAGJIR). Le 17 juin dernier, Yannick Schmitt, président depuis un an et demi de la strucutre syndicale pour Jeunes médecins, ne s'est pas représenté. Et Laure Dominjon, 29 ans, a été élue toute nouvelle présidente. Rencontre. 

What’s up Doc. Vous prenez la suite de Yannick Schmitt à la tête du syndicat REAGJIR. Quel est votre statut ?

 
Laure Dominjon. Je suis médecin généraliste, remplaçante non thésée. J’ai fini mon internat il y a un an et demi. Je suis remplaçante dans des centres de santé municipaux, principalement.
 

WUD. C’est un choix, les centres de santé municipaux ?

 
L. D. Oui, c’est un choix. J’ai fait mon dernier stage en Saspas dans un centre de santé municipal. J’apprécie le travail en équipe avec les infirmières, les autres médecins spécialistes et la présence du laboratoire et service de radiologie sur place.. Les populations qui fréquentent les centres de santé sont souvent peu aisées avec des problématiques sociales importantes, j’ai la possibilité de travailler avec une assistante sociale et d’essayer d’aider au mieux les patients.. Il y a régulièrement des réunions pluridisciplinaires qui permettent de faire le point sur la prise en charge médicale et sociale des patients. C’est important car les difficultés sociales empêchent souvent une prise en charge médicale optimale. J’y effectue aussi des actes de prévention : vaccination, centre de dépistage et des consultations de gynécologie.
 

WUD. Vous êtes à REAGJIR depuis combien de temps ? Pourquoi avoir choisi ce syndicat plutôt qu’un autre ?

 
L. D. Il y a un an et demi, je ne connaissais pas grand-chose au monde syndical. J’étais simple adhérente au syndicat d’internes de médecine générale de Paris pour profiter des avantages sur la responsabilité civile professionnelle et sur les carnets de stage. Ils ont organisé une soirée commune sur le remplacement et l’embauche salariée avec REAGJIR Ile-de-France. C’est là que j’ai rencontré une partie de l’équipe de REAGJIR, ils m’ont expliqué ce qu’ils faisaient au quotidien, les formations qu’ils proposaient, et j’ai trouvé cela assez intéressant. J’y suis allée en tant que membre active : j’aidais à l’organisation des soirées, je répondais aux questions des adhérents… Six mois plus tard, en allant aux Rencontres Nationales j’ai rencontré l’équipe nationale et j’ai décidé de devenir secrétaire nationale adjointe. Cela implique de participer à la rédaction des différents projets, et rencontrer les différents organismes institutionnels.… Ça a été assez rapide ! Quatre mois après je suis devenue présidente de la section REAGJIR Ile-de-France. Mon rôle y est principalement de représenter les jeunes médecins généralistes auprès des différentes instances comme l’ARS ou les conseils départementaux de l’ordre des médecins, etc. Et puis est arrivée au mois de juin l’élection du nouveau président de REAGJIR et j’ai présenté ma candidature.
 

Il y a un an et demi, je ne connaissais pas grand-chose au monde syndical

 

WUD. Pourquoi ?

 
L. D. Durant cette année et demi, je me suis totalement retrouvée dans les idées et dans les projets défendus et j’ai trouvé très enrichissant de participer aux discussions institutionnelles. À REAGJIR, nous savons que nous sommes de jeunes médecins,  et nous nous posons la question de ce qui nous préoccupe, ce qui nous intéresse. etc. C’est vraiment important pour nous de défendre les jeunes médecins, leur place dans le système de soins, leur protection sociale aussi, qui est problématique. Il est aussi important pour nous de participer aux réflexions sur l’évolution indispensable du système de soins et à l’ouverture vers l’exercice pluriprofessionnel. Notre position, c’est de dire, voilà, nous sommes là pour 30 ou 40 ans : comment imagine-t-on le système de soins demain ?
 

WUD. Quelle est la spécificité de REAGJIR par rapport à d’autres structures pour jeunes médecins ?

 
L. D. J’avoue être « nouvelle » dans le monde syndical et ne pas savoir encore bien comment tout fonctionne. Initialement je ne connaissais pas les autres structures « jeunes » ou « séniors ». J’apprend à les connaître progressivement, nous avons des points de vue communs sur certains projets et divergents sur d’autres. La spécificité de ReAGJIR je pense c’est que ce sont des médecins généralistes, jeunes dans leur pratique (remplaçants et installés de moins de 5 ans), d’horizons différents qui se regroupent pour défendre et réprésenter leurs pairs et réfléchir au système de santé de demain.
 

WUD. Quels sont les combats que l’on mène au sein de REAGJIR ?

 
L. D. REAGJIR a été créé initialement pour pallier aux problématiques des remplaçants, qui n’étaient pas forcément défendues. Par exemple, la protection sociale des remplaçants est lacunaire, si demain un remplaçant a un accident, il n’a plus aucun revenu et se retrouve dans une situation précaire. Nous nous battons aussi pour que les remplaçants soient reconnus comme des acteurs à part entière dans le système de soins, car tous les jours ils permettent aux médecins de partir en congés, de se former, et assurer la continuité des soins. Ils participent aussi aux gardes et aux astreintes. Ils ont vraiment la volonté de faire partie du système de soins et il faut les reconnaitre. À REAGJIR nous réfléchissons aussi à l’organisation des soins et au système de soins. Actuellement nous travaillons sur les thématiques de la prévention (quelles actions, quelle place pour le médecin généraliste ?) ou de la pluriprofessionnalité (quels acteurs sont impliqués dans les soins de 1er recours, comment améliorer le parcours de soins, quel exercice coordonné ?)
 

WUD. Vous avez dû récemment mener bataille au sujet de l’amendement sur le plafonnement des remplacements ?
 

L. D. Quand le projet de loi a été présenté, nous avons d’emblée constaté qu’il y avait beaucoup d’amendements à l’Assemblée nationale qui défendaient des mesures coercitives quant à l’installation des médecins. Cela nous a alertés, nous avons réagi en arguant que ces mesures avaient déjà été utilisées ailleurs, et qu’elles n’avaient pas eu d’effets positifs. La démographie médicale est telle que ces mesures n’auraient à coup sur que des effets délétères. Il y a des mesures incitatives, elles sont là, mais il faut aussi en assurer la promotion et les faire connaitre. Une étude du CNOM publiée cette année montrait aussi que les mesures incitatives financières ne sont pas le seul facteur qui pousse à l’installation. D’autres questions se posent : mon conjoint va-t-il trouver du travail ? Y aura-t-il des services publics à proximité ? Y a-t-il d’autres acteurs de soins à proximité ? Si à proximité, il n’y a pas d’hôpitaux, d’autres professionnels de santé, de paramédicaux, le MG seul ne peut pas assurer le suivi des patients. En revanche, la mesure concernant le plafonnement des remplacements, on ne s’y attendait pas ! Nous avions été auditionnés par les parlementaires, et nous leur avions bien précisé que les mesures coercitives ne fonctionnent pas. Du coup, quand on a vu arriver l’amendement sur le plafonnement des remplacements, on a réagi très vite, nous nous sommes concertés au sein du bureau de REAGJIR et avec les autres structures jeunes. Nous avons sorti un communiqué commun pour rappeler que les remplaçants sont un maillon essentiel à l’accès aux soins, à la continuité des soins, aux soins non programmés, aux gardes. Si on les fait disparaitre le système de soins ne tient plus. Nous avons 6000 remplaçants pour 80 000 médecins généralistes, déjà on ne peut pas remplacer tout le monde, un remplaçant remplace 6 à 7 médecins par an. On se rend compte aussi que le remplacement n’est qu’une étape : les médecin remplaçants le restent deux ou trois ans, puis ils s’installent. Au final, nous avons lancé une grande mobilisation, notamment sur les réseaux sociaux, et nous avons reçu le soutien de la ministre. L’amendement a été retiré.
 

le MG seul ne peut pas assurer le suivi des patients

WUD. Quels sont les gros dossiers de la rentrée pour REAGJIR ?

 
L. D. Des dossiers toujours d’actualité : défendre la place du remplaçant dans le système de soins, sa protection sociale… Nous allons aussi continuer à avancer des mesures incitatives à l'installation. D’ailleurs, un rapport va sortir sur la refonte des contrats d’aide à l’installation : état actuel, bilan, et proposition de changement. Le ministère manque de données sur les contrats d’aide à l’installation qui ont été passés, etc. Il y aura aussi le dossier du régime simplifié social pour les médecins qui ont une faible activité libérale, et la Carmf obligatoire pour tous les remplaçants non thésés.Nous sommes en train de faire un document de propositions sur la place de la prévention dans notre système de soins. Nous allons aussi avoir une discussion de bureau sur les élections l’an prochain aux URPS, pour savoir si nous nous présentons ou pas. Depuis 2018 nous sommes syndicat représentatif et nous pouvons nous présenter aux URPS.  Nous préparons aussi un guide sur la pluri-professionnalité.

Portrait de Jean-Bernard Gervais

Vous aimerez aussi

Une rentrée mouvementée en perspective
Le docteur Garrigou-Grandchamp est colère. Alors qu'il se rendait à une visite à domicile, il a été verbalisé comme "une société de dépannage urgent...
Mécontents des tarifs sécu, les dentistes ont fait la grève

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.