Nicolas Pagès met en orbite Satelia

Une trentaine d'établissements ont adopté les applications de la société Satelia, créée par un jeune interne en médecine bordelais, Nicolas Pages. L'enjeu est de prédire des complications cardiaques, en vue de prévenir des hospitalisations ou d'adapter des traitements.

Nicolas Pages est un jeune homme pressé. À 28 ans, cet interne en anesthésie-réanimation au CHU de Bordeaux a développé sa start-up en un temps record : 2 ans.

Son objet ? Le communiqué de presse est on ne peut plus clair : « Plateforme de télésurveillance codéveloppée avec le CHU de Bordeaux, Satelia est destinée aux patients insuffisants cardiaques (1,1 million en France) et à ceux qui bénéficient d’une chirurgie (11 millions par an en France). »

Si Nicolas Pagès – dont le débit de parole est comparable à un AK-47 – n'a pas de temps à perdre, il aime en revanche anticiper : « J'ai une quarantaine d'années à faire en anesthésie-réanimation. De gros challenges vont se présenter à nous : des patients de plus en plus âgés, des opérations de plus en plus lourdes, et un taux d'ambulatoire de plus en plus important. Nous ne pourrons relever tous ces défis que si nous savons ce qu'il advient du patient lorsqu'il revient chez lui. » Pour cela, rien de mieux que d'appliquer le prédictif aux pathologies de ces patients. Mais reprenons depuis le début.

Start-up WE : la genèse

Tout a commencé en octobre 2017, lors d'un Start-Up Week-End promu par le CHU de Bordeaux, où Nicolas Pages est interne. Le principe ? Réunir pendant 2 jours médecins et ingénieurs pour pousser de nouvelles applications en e-santé. Pas geek pour un sou, l'interne en anesthésie-réanimation s'y rend tout de même, poussé par sa seule curiosité : « C'était la première fois que j'assistais à ce genre de rencontre. »

Une disponibilité et la start-up fut…

Et c'est une révélation. À tel point que le futur anesthésiste décide de prendre une disponibilité dès novembre de la même année pour créer sa start-up, Satelia, et s'y consacrer corps et âme. Dès la création de sa boîte, Nicolas embauche un développeur et commence par plancher sur une première application dans l'ambulatoire. La méthode semble simple : recueil de données, qui viennent ensuite enrichir des algorithmes, lesquels peuvent ensuite fournir des diagnostics prédictifs : « Dans le cadre de la prise en charge de la douleur post-opératoire, nous avons réussi à déterminer un certain nombre de groupes de chirurgie dont les taux de douleur étaient 10 à 15 fois plus importants que les autres, il s'agissait de la chirurgie dentaire. Aujourd'hui, les ordonnances sont modifiées pour ces patients. »

Les cardiologues intéressés

Cette méthode prédictive rencontre un certain succès au CHU de Bordeaux, si bien que des cardiologues approchent Nicolas Pages, en avril 2018, pour qu'il puisse développer un algorithme dans le cadre de l'insuffisance cardiaque. En mai, le jeune startupper demande un agrément à la Sécurité sociale pour une prise en charge à 100 % de cet acte de télésurveillance de l'insuffisance cardiaque. Banco : la Sécu accepte et Satelia trouve enfin son modèle économique. « Nous avons donc lancé l'appli sur la cardiologie cet été. Nous sommes partis d'un constat simple : 50 % des patients qui sont hospitalisés pour décompensation cardiaque présentent des signes cliniques 5 jours avant l'hospitalisation. L'algorithme va permettre de déterminer quels sont ces patients, et ainsi lesquels seront reçus en consultation par le médecin pour prévenir une hospitalisation. »

Comment ça marche ?

Volontairement, Satelia a fait en sorte que ses applications soient dépourvues de gadgets technologiques, considérant qu'un tiers des patients pris en charge ne sont pas technophiles. Satelia, ce sont donc des pages Web que l'on place en raccourci sur son smartphone. Côté médecin, apparaît une liste de patients en cours de télésurveillance. Le patient, de son côté, est interrogé 2 fois par semaine via un lien encapsulé dans un SMS. Ce lien contient une vidéo pédagogique sur sa pathologie, ainsi qu'un questionnaire basé sur les symptômes de l'insuffisance cardiaque. « Ces réponses sont moulinées dans un algorithme et lorsque les risques semblent trop importants, on avertit le médecin par SMS, par e-mail, ou les deux », explique Nicolas Pages. Actuellement, l'application Satelia pour insuffisance cardiaque a été adoptée par une trentaine d'établissements de santé. La boîte compte maintenant 10 salariés, dont 4 développeurs, 2 data scientists, et va même jusqu'à embaucher d'anciens de Doctolib. « Nous visons l'équilibre en janvier 2021 », projette Nicolas Pages. À cette date, l'entrepreneur aura fini son internat et sera certainement nommé PH dans un établissement de santé, où l'utilisation de Satelia à des fins prédictives sera devenue banale. C'est en tout cas ce que souhaite ce jeune homme pressé.

BIO EXPRESS

Naissance : 10/10/1990
Début de ses études de médecine : 2008
Début d'internat : 2014
Création de la société Satelia : novembre 2017
Fin d'internat : la date en est repoussée à 2021 du fait des 2 ans donnés au projet.

 

 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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