My doc is rich à Fontainebleau

Aux services des urgences, à Fontainebleau, Words for Emergencies initie les soignants à des prises en charge dans la langue de Shakespeare.
 

Fontainebleau : sa forêt, ses rochers d’escalade, son château, son école de commerce internationale (l’Insead)… ses étrangers anglophones et son service d’urgences. « Nous voyons fréquemment arriver des touristes qui se sont tordus une cheville en faisant de l’escalade ou des hauts cadres de la finance animant un MBA pour qui nous sommes un peu parfois le médecin traitant de premier recours », observe Yacine Lamarche-Vadel. Cet urgentiste a constaté aussi le complexe de ses collègues, médecins et paramédicaux, « ayant pourtant tous étudié l’anglais jusqu’au bac », mais ne se risquant pas à une amorce de conversation avec les patients anglophones. Lui-même membre de l’association médicale franco-britannique (qui réunit médecins français, anglais et profs de facs de médecine) a eu l’idée de monter des ateliers pour dégourdir les urgentistes. Il crée Words for Emergencies, une association, pour recueillir cotisations, dons et participations afin de dédommager les intervenants :  une infirmière et sage-femme d’origine anglaise ayant longtemps travaillé en Australie et des comédiens anglophones de naissance jouant les faux patients.

Ateliers thématiques 

4 à 5 fois dans l’année, pendant toute une matinée, une simulation in situ thématique a lieu : pas question de rejouer un épisode d’Urgences, ni d’apprendre à traduire endoscopie rétrograde du pancréas, mais bien de s’adresser au patient dans sa langue pour mieux appréhender ses symptômes et utiliser les mots qui viennent lorsque l’on met le brassard, qu’on s’apprête à ausculter, faire un ECG, pousser la personne en fauteuil roulant, lui demander son passeport, ou si elle a une assurance. Ou tout simplement, très prosaïquement et en utilisant les chemins détournés qui font les charmes de la langue anglaise : when did you have your last bowel movements ? (Quand avez-vous été à la selle pour la dernière fois ?). Avouez que Miss Smith, votre prof d’Anglais de seconde ne vous a jamais appris à dire ça.
Les fake patients sont plus vrais que nature : « L'une d’elle a tellement joué à fond sa simulation d’infarctus qu’elle a failli être perfusée par le reste de l’équipe dans un box », raconte Yacine Lamarche Vadel. «Ça se passe dans une bonne ambiance, on s’amuse et chacun y participe, quel que soit son niveau d’Anglais, commente Floriane, interne de 4e semestre en MG. Cela permet de réconcilier les plus rétifs à la langue et c’est un réel apport à valoriser pour le service. J’espère que cela va perdurer. On pourrait même imaginer que le patient sorte avec une ordonnance traduite. » Ou même que le service se déplace outre-Manche. En attendant, il se rendra Porte Maillot en juin pour présenter son atelier lors d’Urgences 2019. 
 

Portrait de Isabelle Guardiola

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