Mémoire d’interne : MG et présentateur TV

Dr Vincent Valinducq, 37 ans, Médecin généraliste et présentateur TV.

WUD. Quel est ton premier souvenir d’interne ?
 
Vincent Valinducq. Le premier jour de stage, loin du service ! Après avoir passé la journée à la lingerie pour la blouse, on a le fameux choix de répartition des gardes. On est là, à décider où on sera pendant les six prochains mois, fêtes de fin d’année comprises. C’est assez fou quand on y pense ! Je crois que j’avais pas mal géré en prenant le 30 décembre, ce qui m’a permis d’être de repos de garde pour la soirée du 31.
 
WUD. Un souvenir de garde particulièrement marquant ?
 
VV. Oui, je me rappellerai toujours cette garde en gynéco obs’, c’était la Journée de la femme. Un couple arrive pour suspicion de fausse couche. C’était leur première écho, je vois un foetus au taquet, battements de coeur, tout nickel ! Je l’annonce enthousiaste au couple, avec une datation de deux ou trois mois déjà. Je les vois alors se décomposer. Le mari annonce que ce n’est pas possible, car il était en déplacement à Ouagadougou. Quand il a fini par comprendre, il a lâché un sobre : « On va parler ce soir » à sa femme. J’étais avec l’externe, on ne savait plus où se mettre.
 
WUD. Quel est ton pire motif d’admission aux urgences ?
 
VV. Dans le top 3 je pense qu’il y a le cauchemar en pleine nuit aux urgences ped’, la croûte au genou qui ne part pas après 4 jours, et puis le bouton blanc sur lèvre inférieure – un aphte en fait – !
 
WUD. Qu’est-ce que tu as préféré pendant ton internat ?
 
VV. Le statut d’interne, enfin le badge rouge… J’en tirais une réelle fierté. Et puis l’ambiance entre co-internes, la solidarité. Je dis encore « mes co-internes » quand je parle de ceux avec qui j’ai partagé mon premier semestre

WUD. Et ce qui a été le plus difficile ?
 
VV. De garde aux urgences pédiatriques, un dimanche soir d’hiver, une fille de 12 ans arrive pour « douleur dorsale ». J’étais épuisé, je me suis dit : « Encore un motif non justifié aux urgences ». J’y vais donc en traînant les pieds. Il s’est avéré que c’était une leucémie, donc amorce du diagnostic et transfert en oncopédiatrie. J’ai su par la suite qu’elle était en rémission, heureusement. Même si cela a été sans conséquence, je m’en suis énormément voulu de ma réaction initiale. Ça m’a fait réaliser à quel point la charge de travail, la fatigue, jouent sur l’empathie. Et c’est dramatique, car pour moi le côté humain est primordial en médecine.
 
WUD. Qu’est-ce qui t’a fait choisir la médecine gé ?
 
VV. J’ai un parcours atypique. Tout petit je rêvais d’être médecin, mais j’ai d’abord été docker sur le port du Havre, comme mon grand-père, mon père puis mon frère. J’ai commencé médecine à 24 ans. Je voulais être urgentiste initialement, mais j'ai choisi la med’ gé pour sa richesse, son côté humaniste et social. Et puis, ça me permet de faire des choses à côté, comme de la télé !
 
WUD. Et alors, pour ou contre la salle de garde ?
 
VV. Pour ! Ça maintient l’univers carabin. En salle de garde, il n’y a plus de titre (en dehors de l’économe…) ou de spé, on passe un bon moment. Je me rappelle encore ému y avoir été amené par mes internes les premières fois, et j'ai eu du plaisir à y « inviter » les externes à mon tour.
 
WUD. Qu’est-ce que tu conseillerais au jeune Vincent qui fait son premier jour à la fac de médecine ?
 
VV. Aie confiance en toi, tu peux le faire ! Mais tu vas en chier (rires).
 

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