Médecins à diplôme étranger : le compte à rebours a commencé

Rencontre avec le Dr Patricio Trujillo, président de la FPS

Au 31 décembre, plusieurs milliers de médecins ayant obtenu leur diplôme hors de l'UE pourraient se retrouver sans autorisation d’exercice. C’est le cri d’alarme que lance le Dr Patricio Trujillo, qui dirige la Fédération des praticiens de santé (FPS), l’un des syndicats qui défendent les confrères à diplôme hors UE.

 

What’s up Doc. Pouvez-vous nous rappeler la situation dans laquelle se trouvent actuellement les Praticiens à diplôme hors UE (Padhue) ?

Patricio Trujillo. Le problème concerne principalement les Padhue qui étaient déjà en poste dans les hôpitaux avant août 2010, date à laquelle la PAE (Procédure d’autorisation d’exercice, ndlr) a été modifiée. Ces médecins exercent actuellement sous des statuts divers. Pour obtenir la plénitude de l’exercice médical, ils doivent passer un examen qui va disparaître : la dernière session a eu lieu cette année. Les résultats sont tombés vendredi. Ceux qui ont échoué risquent de se retrouver sans autorisation d’exercer, et les hôpitaux seront dans l’impossibilité de renouveler leur contrat.

WUD. Combien de personnes sont concernées ?

PT. En additionnant les personnes qui ont échoué à l'examen cette année, celles n’ont pas eu le temps de le passer, les FFI qui ne seront pas renouvelés, etc., on arrive facilement à 3000 personnes.

WUD. Quelles sont les solutions envisagées ?

PT. Sans ces praticiens, beaucoup d’hôpitaux ne pourront tout simplement pas fonctionner. Lors de notre dernier congrès, en novembre, le CNG (Centre national de gestion, ndlr), la DGOS (Direction générale de l’offre de soins, ndlr) et le Cnom (Conseil national de l’Ordre des médecins, ndlr) ont reconnu la place indispensable des Padhue dans le fonctionnement des établissements publics. Une circulaire, dont la publication imminente est souhaitée par tout le monde, est à l’étude pour permettre de prolonger le contrat de ces Padhue et de leur permettre de passer l’examen de qualification. Mais ce dont nous avons besoin, c’est d’une solution pérenne.

WUD. C’est-à-dire ?

PT. La situation actuelle, c’est la double peine : non seulement les hôpitaux auront du mal à boucler leur planning sans les confrères qui ne peuvent plus passer l’examen, mais en plus, il s’agit de gens qui sont installés en France depuis longtemps, dont certains sont là avec leur famille et ont même acquis la nationalité… Il faut donc d’une part que ces praticiens soient autorisés à passer le concours des Padhue arrivés après 2010, et d’autre part que le nombre d’admis à ce concours soit drastiquement augmenté. Le nombre de reçus est actuellement d’environ 300 personnes par an, il faut le porter à au moins 1000.

WUD. Mais si ces médecins ont échoué à l’examen, n’est-ce pas tout simplement qu’ils n’avaient pas le niveau ?

PT. Pas du tout. Il faut savoir que pour le concours dont nous parlons, il y a des spécialités où les candidats échouent avec 14 ou 15 de moyenne. Notre syndicat est pour l’excellence. Nous ne voulons pas de régularisations à tout-va, nous ne voulons pas obtenir une qualification au rabais. Mais dans une situation où 50 000 postes ne sont pas pourvus dans les hôpitaux français, est-il vraiment raisonnable de se passer de médecins qui ont 15 de moyenne ?

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Propos recueillis par Adrien Renaud

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