Main dans la main : quand médecins et psychologues coordonnent la prise en charge en santé mentale

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Dans un contexte où les troubles anxieux, dépressifs et les difficultés relationnelles se multiplient, la coordination entre médecins et psychologues devient un enjeu central pour la bonne prise en charge des patients. Trois praticiens témoignent de l’importance de travailler ensemble : Dr Sarah Longé, médecin généraliste à Aix-en-Provence, Dr Andréas Werner, pédiatre à Avignon, ancien président de l’AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire), et Nicholas Chaix, psychologue clinicien à Paris, engagé dans le dispositif Mon soutien psy. Leur expérience croisée illustre une collaboration fluide, complémentaire et centrée sur le suivi du patient.

Main dans la main : quand médecins et psychologues coordonnent la prise en charge en santé mentale

© Midjourney x What's up Doc

Une demande croissante, des troubles plus précoces

Depuis la crise sanitaire, les besoins en santé mentale explosent, chez l’adulte comme chez l’enfant. Les médecins généralistes, premiers recours dans ce champ, en constatent les effets directs au quotidien : selon le Conseil économique, social et environnemental, près d’un patient sur trois, reçu en médecine générale présente une pathologie psychiatrique, et environ 13 % des consultations sont liées aux seuls troubles anxieux et dépressifs. Sur le terrain, la tendance est nette : des demandes plus nombreuses, plus complexes, plus urgentes. Pour le Dr Andréas Werner, le constat est sans appel : « On a une augmentation de 40 % des plaintes d’ordre psychologique, psychosomatique ou psychiatrique depuis le Covid, surtout chez les adolescents mais aussi chez les enfants de 6 à 10 ans, alors qu’on voyait très peu de troubles anxieux et dépressifs à cet âge auparavant. » Le pédiatre décrit des familles fragilisées par une succession d’événements anxiogènes — pandémie, guerre, attentats, réseaux sociaux omniprésents — et une exposition précoce des enfants à une information souvent non filtrée. « Ce n’est pas fait pour rassurer », résume-t-il.

Sa consœur généraliste, Dr Sarah Longé, observe, quant à elle, une recrudescence de la demande chez les patients à faible niveau de ressources. « Cela va souvent être des étudiants qui n’ont pas trop les moyens, mais qui pourtant ont vraiment besoin d’un soutien psychologique. »

« Ça a du sens que la psychologie puisse bénéficier d'un remboursement »

Nicholas Chaix observe en consultation de psychologie, une dynamique similaire : une montée des troubles anxieux, des baisses de l’humeur, mais aussi des questionnements relationnels, des difficultés de couple ou des schémas répétitifs dont les patients souhaitent sortir.

Entré dans le dispositif Mon Soutien Psy en 2024, le psychologue raconte un engagement d’abord motivé par une conviction : « Philosophiquement, cela a beaucoup de sens que la psychologie puisse bénéficier d’un remboursement. Sans aide, beaucoup de personnes n’y auraient pas accès. » Le dispositif a rempli rapidement son agenda : « La demande est tellement forte que j’ai dû fermer la prise de rendez-vous pour garantir une fréquence suffisante aux patients que j’accompagne. » Il reçoit une patientèle variée, de 25 à 40 ans en majorité, avec des hommes de plus en plus nombreux, et même quelques seniors.

Côté médecin, Mon soutien psy est un outil précieux. Pour Sarah Longé, « c’est une avancée majeure », Andrés Werner confirme : « Je le propose régulièrement à mes patients et beaucoup s’en saisissent. Sans prise en charge, ces consultations resteraient inaccessibles pour une partie d’entre eux. Le dispositif est une véritable porte d’entrée vers un accompagnement psychologique. »

La coordination comme levier thérapeutique

Nicholas Chaix a développé des liens avec plusieurs médecins de son secteur d’exercice, le 15ᵉ arrondissement de Paris. « On s’envoie des patients, on échange quand nécessaire, notamment quand il y a une lettre d’adressage avec quelques éléments d’anamnèse ou de symptomatologie. Cela nous aide à comprendre pourquoi le médecin a orienté. »

La généraliste relève l’intérêt de cette coordination médecin/psychologue, « c’est important de pouvoir obtenir le feed back dans la prise en charge de certains patients en particulier ».
Le pédiatre, lui aussi, travaille historiquement avec de nombreux psychologues, même en dehors du pôle pédiatrique. « Ce lien direct garantit une réactivité optimale et un suivi véritablement coordonné. Lorsque se pose la question d’un éventuel traitement anxiolytique ou autre, nous faisons le point ensemble et je prescris si besoin le traitement médicamenteux adapté. Nous pouvons aussi solliciter l’avis d’un pédopsychiatre lorsque la situation le nécessite » Cette fluidité ouvre la voie à un suivi renforcé : le psychologue accompagne au quotidien, le médecin surveille les aspects somatiques et médicamenteux.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/mon-soutien-psy-rend-service-la-population-et-ameliore-la-qualite-du-suivi-cest-un-succes

Andréas Werner confirme le rôle structurant et déterminant du binôme, psy/médecin. Pour lui, le psychologue identifie les fragilités, évalue la situation clinique, accompagne et le médecin surveille les effets somatiques, prescrit la médication éventuelle et reste la référence en cas d’aggravation. « Une collaboration étroite permet de réagir vite : un texto, un appel, et on ajuste. » 
Un avis confirmé par Nicholas Chaix qui décrit l’importance d’avoir un retour du médecin traitant, notamment lorsqu'un diagnostic n’a pas été posé ou lorsqu’un traitement pourrait être utile. Il souligne aussi le rôle du médecin comme partenaire d’orientation. « Beaucoup de patients viennent encore avec une lettre, même si elle n’est plus obligatoire. Et c’est précieux. »

L’expérience croisée de Nicholas Chaix et des Dr Sarah Longé et Andréas Werner démontre qu’une prise en charge réellement coordonnée apaise les patients, renforce l’efficacité du travail thérapeutique et soutient la prévention. Une continuité essentielle pour éviter les ruptures de soins, accompagner les évolutions lentes, ou ajuster une prise en charge médicamenteuse initiée par le médecin.

- Un article écrit en partenariat institutionnel avec l'Assurance maladie
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