Les voyages forment la jeunesse… et les médecins

L’Association européenne de psychiatrie invente l’Erasmus des psychiatres

Les jeunes psychiatres européens peuvent effectuer des stages d’observation courts dans des établissements étrangers. C’est le Gainging experience programme développé par l’Association Européenne de Psychiatrie (EPA). Une opportunité encore méconnue en France.

 

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un long voyage », écrivait Joachim du Bellay au XVIe siècle. Sauf que pour les médecins, rares sont les occasions d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. C’est ce qui fait l’intérêt du Gaining experience programme.

Développée par l’EPA, cette initiative permet à tout jeune psychiatre européen d’être accueilli pendant deux à quatre semaines dans un établissement étranger. « Il s’agit de développer son expérience, de connaître d’autres cultures de soins », explique le Dr Olivier Andlauer, jeune psychiatre français installé à Londres qui dirige le comité des jeunes de l’EPA.

« En psychiatrie, les systèmes diffèrent encore plus d’un pays à l’autre », explique Olivier. « Prenons par exemple la contention : elle fait débat en France, alors qu’elle n’existe pas en Angleterre. C’est intéressant de voir à quel point il est possible de soigner autrement ».

Depuis deux ans, le programme identifie dans toute l’Europe des seniors prêts à accueillir un jeune psychiatre étranger. Cette année, par exemple, cinq places ont été proposées en Angleterre et en Autriche. Les postes sont ensuite diffusés par un appel à candidatures. « Nous avons à peu près 4 fois plus de candidatures que de places », estime Olivier.

Les stagiaires doivent se débrouiller avec leur employeur pour se rendre disponible, et ils reçoivent une bourse de 800 € de l’EPA. « Ca ne paie pas l’hébergement pendant 4 semaines, mais ça peut payer le billet d’avion », remarque Olivier. Bien sûr, les stagiaires doivent se limiter à faire de l’observation.

« Réfléchir sur son propre système de manière plus flexible et plus créative »

Cette restriction n’a nullement gêné Aleksandar Savic, jeune psychiatre croate qui a passé 3 semaines à la Ludwig Maximilian Universität de Munich. « Trois semaines, c’est juste le temps qu’il faut pour ne pas être frustré de ne pas prendre en charge les patients soi-même », dit-il en riant.

Pour Aleksandar, le programme a été bénéfique à plus d’un titre. Tout d’abord, il s’inscrivait dans ses perspectives de recherche, et lui a permis de développer son réseau. Mais ce n’est d’après lui pas le seul point positif.

« Voyager, cela permet de mettre sa propre pratique en perspective, cela aide à réfléchir sur son propre système de manière plus flexible et plus créative », explique le psychiatre. « Par exemple, j’ai vu des unités qui avaient en moyenne 10 lits de moins que chez moi. C’est intéressant de voir ce que cela implique en terme d’interactions avec les patients, avec le personnel ».

Mais au fait, la France fait-elle partie du Gaining experience programme ? En théorie oui, mais pour l’instant, aucun senior hexagonal n’a proposé d’accueillir un confrère étranger, et aucun psychiatre de chez nous n’est encore parti. Certains ont-il posé une candidature ? « Un, tout au plus », déclare Olivier Andlauer.

Français, encore un effort pour être vraiment internationaux !

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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