Les médecins vus par les pharmaciens d'officine : « Ils n’ont jamais le temps »

Médecins et pharmaciens, je t'aime moi non plus.

Les médecins ont parfois tendance à fonctionner dans une bulle qui les empêche d’entendre ce que les autres soignants ont à dire. C’est pourquoi What’s up Doc a décidé de demander à différentes catégories de professionnels de dresser un portrait des praticiens qu'ils côtoient. Après les infirmières (cf. WUD #41), c'est au tour des pharmaciens d'officine de tendre un miroir aux médecins.

Demandez à un pharmacien ce qu’il pense des médecins, et d’abord vous recueillerez probablement un profond soupir. Car vu de l’officine, le médecin est avant tout un éternel absent. Entre désertification médicale et plannings pleins à craquer, pas facile de joindre un praticien pour lui poser une question sur une ordonnance. « Ils sont surchargés, ils n’arrivent plus à faire leur job comme ils aimeraient le faire », déplore Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (Uspo), l’un des principaux syndicats de la profession. « Ils ont beaucoup de travail, et quand on arrive à les joindre, c’est pour un contact de 30 secondes », confirme Marianne, pharmacienne dans l’Essonne. Une indisponibilité qui conduit les pharmaciens à restreindre leurs communications avec les médecins. « Je ne les appelle que si je ne peux pas faire sans leur avis », résume Fabien, qui exerce à Lille. Et tous expriment le même souhait : que les médecins sortent enfin la tête du guidon.

 

La vaccination, pomme de discorde

L’opposition d’une partie des médecins à la vaccination antigrippale en officine, expérimentée en 2018-2019 dans 4 régions avant une généralisation cette année, suscite l’incompréhension de la part des pharmaciens. « La réaction épidermique de certains est excessive », juge François, qui exerce dans un petit village du Nord. Celui-ci dit participer à l’expérimentation, mais assure ne pas mettre cette activité en avant. « Si un patient me demande de le vacciner et que ça permet d’élargir la couverture vaccinale, c’est dans l’intérêt de tous », estime-t-il. « Mais je ne vais pas mettre une affiche pour dire que je peux vacciner. » Une position équilibrée qui n’est pas partagée par toute la profession. « La réaction des médecins, c’est du corporatisme », s’emporte l’Essonnienne Marianne. « C’est nous prendre pour des imbéciles que de ne pas reconnaître que nous sommes capables de vacciner. » Et l’officinale frappe là où ça fait mal. « Il y a quelque chose de contradictoire dans leur position », avance-t-elle. « D’un côté ils n’ont jamais le temps, ne peuvent pas prendre plus de patients… mais quand il y a une réforme pour qu’on leur fasse gagner du temps, ils s’y opposent. » Ouch.

 

Une soif de dialogue

Malgré leurs mots parfois durs envers les médecins, les pharmaciens recherchent majoritairement une coopération plus structurée avec eux. « Le couple médecin-pharmacien, c’est le couple premier auprès du patient », affirme le syndicaliste Gilles Bonnefond. « Les rapports entre professionnels de santé doivent selon moi être collégiaux », indique pour sa part François. « C’est ce que je recherche avec les médecins, même si je sais que ce n’est pas toujours facile en termes de temps disponible », ajoute le Nordiste. Cette soif de dialogue rend la potion encore plus amère, lorsque les pharmaciens se sentent méprisés par les médecins… ce qui arrive malheureusement assez souvent, comme le constate Sorina depuis son village de l’Yonne. « Une majorité d’entre eux nous considèrent comme de simples commerçants », soupire-t-elle.

 

Verbatims
« Je suis un peu attristé de voir les médecins malheureux : on les voit débordés, stressés, pas épanouis. » Gilles Bonnefond, président de l’Uspo.
« Les jeunes générations de médecins me semblent plus à l’écoute, moins corporatistes. Je trouve qu’elles sont aussi moins prêtes à se faire déborder par leur activité ». Marianne, pharmacienne dans l’Essonne.
« Beaucoup de patients me disent que leur médecin n’est pas assez attentif à leurs problèmes. J’aimerais parfois qu’ils prennent plus le temps : un quart d’heure par consultation, c’est trop rapide. » Sorina, pharmacienne dans l’Yonne.
« J’ai parfois des appels de médecins en colère contre moi à cause de ce que j’aurais dit à un de leurs patients. Il ne leur est pas venu à l’esprit que mes propos ont pu être déformés. » Fabien, pharmacien à Lille.
« Il m’est arrivé de m’opposer à un médecin et de l’entendre conclure : "Ça suffit, c’est moi qui décide, si vous vouliez être médecin il fallait faire 9 ans d’études". Mais je dois dire que c’est de plus en plus rare. » François, pharmacien dans le Nord.
Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 42

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