Les médecins libéraux attendent maintenant d’être payés

Alors que les services Covid+ commencent à fermer, les médecins libéraux parlent de leur situation. Le CSMF vient de les informer qu’une note a été envoyée, ce lundi, aux ARS.

Pour faire face à la crise sanitaire, des médecins libéraux ont été réquisitionnés ces derniers mois. Dans les hôpitaux publics, en clinique ou en call center pour le 15, ils ont répondu présents sans hésiter. Mi-mai, pourtant, une très grande majorité d’entre eux expliquent ne pas avoir été payés. De fait, les instructions pour leur rémunération n’ont été envoyées aux ARS que le 18 mai. Soit deux mois après le début de la crise sanitaire.
À Marseille, mi-mars, les médecins remplaçants se sont retrouvés sans revenus. Dans les cabinets médicaux, le nombre de patients a diminué et les remplacements ont été rares. Alors quand le 15 appelle à l’aide, beaucoup ont foncé. Une façon d’être utiles, mais aussi de retrouver une sécurité financière. Sauf qu’à ce jour, ils attendent d’être payés. L’ARS Paca explique n’être pas intervenue. Que “ce sont les établissements de santé eux-mêmes qui ont rédigé un contrat et défini une rémunération avec les professionnels de santé”. Pourtant, cela ne semble pas avoir été le cas. “Rien n’a été prévu. Ni contrat, ni feuille de mission, rien du tout”, lâche Michel Garnier de l’URPS Paca. “La seule chose que l’on ait reçu c’est un mail pour nous dire ‘au revoir, merci. On n’a plus besoin de vous”. 

"Aucune nouvelle de l'ARS"

Même histoire du côté de Lyon. “Nous n’avons aucune nouvelle de l’ARS”, raconte Florent, anesthésiste en clinique privée. Ici, plus de 70 patients ont été placés dans un service de réanimation ouvert pour les cas covid+. Depuis, celles et ceux qui ont géré ce service n’ont pas été payés. Là encore, l’ARS explique que ces situations “sont étudiées au cas par cas. (...) Il s’agit, pour les partenaires locaux, de trouver le cadre conventionnel, juridique et financier qui peut permettre d’intégrer les actions de ces professionnels libéraux. Ce travail est en cours.”
Absence aussi de rémunération du côté de l’Île-de-France. “J’ai fait plusieurs gardes en clinique privée pour aider sur des cas covid”, raconte Bernard Huynh, vice-président de la Fédération des médecins de France (FMF). Il raconte l’opacité, le flou qui entoure les conditions de rémunérations. “Nous avons l’impression que ceux qui vont être payés seront ceux qui ont le plus insisté, mais que celui qui ne dit rien n’aura rien”. De son côté, l’ARS Ile-de-France a répondu que ça allait arriver. “Les modalités de rémunération des médecins libéraux, qui sont venus en renfort, sont en cours de calage.” À en croire la CSMF, les modalités précises ont été définies lundi 18 mai.
En attendant, pour faire un état des lieux des finances des libéraux, les Spécialistes-CSMF ont réalisé une enquête auprès de 200 médecins spécialistes mobilisés. Résultat, sur les personnes qui ont répondu, moins de 1% a déclaré avoir été rémunéré à ce jour. “On a tout arrêté, puis on s’est organisé pour gérer des patients covid+, raconte une médecin parisienne. Et là, on nous dit que notre travail ne vaut rien et que nous serons indemnisés uniquement pour les pertes de nos cabinets en ville. Mais voyons, ça n’a rien à voir !”
 
Des forfaits avaient pourtant été publiés au JO, le 29 mars pour les médecins libéraux réquisitionnés. Sauf que cet arrêté n’aurait pas été pris pour les remplacements de réanimation, confie une source ministérielle. “On imagine très bien que le forfait alloué aux libéraux qui sont intervenus en réanimation sera plus élevé. Cet arrêté était uniquement pour celles et ceux qui ont été appelés en renfort, en Ehpad ou ailleurs. En gros pour tous les services, sauf ceux en réanimation”. D’où les réponses des différentes ARS contactées et de l’Assurance maladie qui expliquent que des discussions sont en cours et qu’un texte en ce sens devrait être publié “prochainement”.
Mais là encore, ça ne colle pas. À Reims, Franck Devulder, hépato-gastro-entérologue et président des Spécialistes-CSMF évoque les deux unités covid installées, la tente dehors et une réa polyvalente uniquement covid+. Dans ces locaux, toutes les spécialités de libéraux se sont relayées pour prendre en charge des patients covid. “Mais personne n’a été payé, explique Franck Devulder. Ni en réanimation, ni ailleurs”. Pêle-mêle, il décrit sa colère face aux ARS “qui n’ont pas réussi à gérer cette crise”, sa fatigue face au manque de reconnaissance et son ras-le-bol de devoir encore se battre pour “quelque chose qui devrait être automatique”. “Si la situation ne se débloque pas rapidement, ils prennent un risque majeur.” Contacté à de nombreuses reprises, le ministère de la santé, il n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Portrait de Elodie HERVE

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