Les boîtes noires débarquent au bloc

Piloter son robot chirurgical comme un Boeing

Une équipe canadienne a mis au point un outil permettant d’enregistrer tout ce qui se passe au bloc pendant une opération. Une sorte de boîte noire qui, son concepteur l’assure, n’a rien d’un dispositif de flicage.

 

Quiconque a déjà participé à un débat sur les erreurs médicales au bloc a entendu ce lieu commun : en chirurgie, la culture de la sécurité est moins développée que dans l’aéronautique. Mais cela est sur le point de changer : une équipe canadienne a mis au point l’Operating room black box, une boîte noire chirurgicale conçue sur le modèle de celles que l’on trouve dans les avions.

Non, ce n’est pas Big brother

« Il s’agit d’un outil pour aider notre profession à s’améliorer », explique le Pr Teodor Grantcharov, chirurgien viscéral à l’hôpital St. Michael’s de Toronto et concepteur du projet. Conscient du fait que l’Operating room black box a un petit côté Big brother, il préfère d’emblée déminer le terrain.

Alors, comment ça marche ? « C’est une plateforme qui capte tout ce qui se passe au bloc », explique Teodor Grantcharov. « Cela fait longtemps qu’on y enregistre des données vidéo et audio. Mais ici, nous captons aussi les données physiologiques du patient, celles des logiciels des dispositifs médicaux, le nombre de fois que la porte du bloc s’ouvre, la température, la façon dont les gens se lavent les mains, etc. »

Ne pas attendre la catastrophe

Toutes ces données sont synchronisées et analysées. Une partie de l’analyse est effectuée automatiquement, mais l’équipe de Teodor Grantcharov (une quinzaine de personne pour l’instant, indique-t-il) fournit également une expertise pour identifier les défaillances, qu’elles soient individuelles ou collectives.

« L’idée est d’être proactif, de ne pas attendre que quelque chose d’horrible arrive », indique le chirurgien. Après plusieurs centaines d’interventions enregistrées en deux ans à Toronto, les Canadiens s’ouvrent maintenant au reste du monde.

Dans tous les journaux

« A la fin de l’année, nous aurons des collaborations avec dix établissements dans le monde », annonce Teodor Grantcharov. La première opération enregistrée hors de Toronto a eu lieu la semaine dernière aux Pays-Bas, et elle a obtenu un grand succès médiatique. « C’était dans tous les journaux », se réjouit le chirurgien.

Celui-ci assure qu’après cette opération, son équipe a reçu des demandes de collaboration de la part de nombreux hôpitaux néerlandais, belges ou danois. Jusqu’ici, la boîte noire n’a été utilisée que dans le cadre de la chirurgie mini-invasive. « Mais l’outil est générique, il peut être utilisé en chirurgie conventionnelle ou même en unité de soins intensifs », assure son concepteur.

La boîte noire n’entrera pas au tribunal

Un expansionnisme qui peut faire craindre que la boîte noire soit utilisée à d’autres fins que l’amélioration des pratiques. Mais Teodor Grantcharov dit sélectionner drastiquement les établissements dans lesquels la boîte noire est implantée. « Nous voulons qu’elle soit utilisée à des fins d’amélioration, pas pour les relations publiques ou encore pour punir des individus identifiés comme fautifs ou sous-performants. »

Le professeur refuse même que son application soit utilisée dans un cadre médico-légal. « Pour le moment, les conditions ne sont pas réunies pour qu’une telle utilisation protège les professionnels », indique Teodor Grantcharov. « Nous anonymisons donc les données, et après analyse, nous les détruisons. »

Source: 

Adrien Renaud

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