« Le métier des médecins ne correspond pas à celui dont ils avaient rêvé »

Rencontre avec le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’ordre des médecins

Le Conseil de l’ordre va présenter mardi un livre blanc pour l’avenir de la santé. Son président, le Dr Patrick Bouet, revient avec What’s Up Doc sur les résultats de la grande consultation auprès des médecins, qui a eu lieu à la fin de l’année dernière et qui est à la base du livre blanc.


What’s Up Doc : L’Ordre a présenté en décembre dernier les résultats d’une grande consultation auprès des médecins. Quelle en était la méthode ?

Dr Patrick Bouet : C’était un long questionnaire en ligne. Il fallait environ une vingtaine de minutes pour le remplir, et pourtant, 35 000 médecins ont répondu. C’est un taux de réponse largement supérieur à ce que nous avions envisagé. Je crois que cette mobilisation correspond à la conjonction de plusieurs événements, et notamment au fait que le débat sur la loi santé a donné aux médecins l’envie d’être entendus. Et pour la première fois, on les interrogeait directement.

WUD : Si vous deviez résumer les enseignements de cette consultation, que diriez-vous ?

PB : Nous constatons que les médecins sont attachés à leur métier. Mais celui qu’ils exercent aujourd’hui ne correspond pas à celui dont ils avaient rêvé en entamant les études médicales. Ils estiment que le système de santé doit évoluer, et revendiquent d’être des acteurs du changement. Par ailleurs, ils ont une forte attente sur le fait de pouvoir retrouver du temps médical. Les médecins veulent refaire du soin, dans tous les secteurs. Enfin, l’enquête fait apparaître une fracture très claire entre les médecins et le monde politique.

WUD : Ne peut-on pas craindre que la grande consultation souffre d’un biais de sélection : peut-être que seuls les médecins les plus mécontents se sont exprimés ?

PB : Si on n‘avait eu que 5 000 réponses, j’aurais été d’accord avec vous. Mais à 35 000 réponses, ce qui représente 20% des médecins qui étaient interrogés,on a dépassé le stade de l’expression des plus revendicateurs. Mais ce n’est pas un sondage : nous n’avons pas choisi de panel représentatif, nous avons interrogé la profession.

WUD : Cette consultation fait apparaître des éléments surprenants. Par exemple, un tiers des médecins est favorable à la contrainte à l’installation, un quart au conventionnement sélectif. Comment expliquer cela ?

PB : En tant qu’institution, l’Ordre est convaincu que la contrainte à l’installation et le conventionnement sélectif ne sont pas de bonnes mesures. Mais nous pouvons comprendre les médecins qui y sont favorables, qui exercent souvent dans des zones difficiles. Quand on est obligé de refuser des patients, quand on voit un confrère partir sans successeur, quand le CH local n’a pas d’anesthésiste, on se dit que si on obligeait des médecins à venir, ce serait peut-être une solution. Mais il faut garder à l’esprit que la majorité des médecins continue à rejeter ce type de mesure.

Lire ici la suite de l'interview avec le Dr Patrick Bouet.

Source: 

Adrien Renaud

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