La reprogrammation des soins, un exercice compliqué

Déprogrammation, reprogrammation… Pour rattraper le retard pris pendant la première vague, les praticiens hospitaliers du service urologie du CHU de Nice tentent de s’organiser. Un défi de taille pour ceux qui, en plus d’être surchargés, travaillent souvent en effectif réduit malgré l’afflux constant de patients.
 

Environ 270. C’est le nombre d’opérations déprogrammées dans le service d’urologie du CHU de Nice depuis le mois de mars. Un chiffre important qui fait directement écho à la recommandation de l’Association Française d’Urologie de repousser à une date ultérieure les soins non-urgent durant la première vague de Covid-19.  « Les reprogrammations ont commencé depuis mai-juin », détaille l’infirmière de programmation.
 
Vissée à son siège de bureau qu’elle ne quitte presque jamais, Catherine Baudino, blouse sur le dos, jongle tous les jours avec les emplois du temps surchargés des praticiens hospitaliers. « On essaye de s’en sortir, mais c’est difficile de rattraper le retard », confie-t-elle. Sept mois après la reprise des hostilités, 80 patients seraient toujours en attente de soins. « Et on continue d’en déprogrammer », livre celle qui, sous l’amoncellement des anciens et des nouveaux dossiers, aimerait qu’un confrère prenne le relai sur cette mission dédiée.
 
Deux jours par semaine, l’infirmière de programmation se charge d’annuler tous les patients qui ne sont pas en cancérologie. « Ça représente environ dix patients par jour, confie-t-elle. On doit libérer des anesthésistes pour les services de réanimation ». Une donne qui limite la casse par rapport à la première vague, mais qui ralentie la reprogrammation de soins. Et quand ce n’est pas les professionnels qui manquent, ce sont les salles d’opération.
 
Un enjeu qui pousse les chirurgiens à mettre les bouchées double lorsqu’un bloc se libère. « Dès que possible, on essaye de distiller les patients par-ci, par-là », indique Catherine Baudino. Un travail de gymnastique compliqué par des programmes déjà très denses et la nature de la spécialité. « Les patients doivent faire une analyse d’urine huit jours avant. Un test Covid-19 est également demandé avant de rentrer au bloc. Donc, il faut quand même un minimum prévoir », détaille-t-elle.
 
Ce retard, qui mettra plusieurs mois à être rattrapé, génère de la frustration dans les rangs des chirurgiens. « Ce n’est pas confortable pour eux », témoigne l’ancienne infirmière de bloc. Mais aussi, dans ceux des patients pour certains reprogrammés à trois ou quatre reprises. « Globalement, ils comprennent, souligne-t-elle. Mais, on ne peut pas toujours leur donner de date précise au moment où on les appelle. Cela peut générer de l’angoisse. Sans oublier que certains sont gênés dans la vie courante et attendent beaucoup de l'opération ». Et d’ajouter, sa pile de dossiers en attente sous le bras : « C’est peut-être du papier, mais c’est avant tout des vies ».
 

Portrait de Julia Neuville

Vous aimerez aussi

Depuis le début de la semaine, la chirurgienne en stomatologie Solène Costantini propose aux internes de se former au numérique en santé et à l'...
Presse auscultée. Profitant de la panique généralisée et de la méconnaissance du Covid-19, Iltisen B., médecin autoproclamée, a pratiqué une myriade...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.