Konnichiwa* ! Se préparer au choc des cultures

Comment ne pas parler de choc ? Perdu entre le mouvement incessant et organisé des passants, les illuminations tape-à-l'oeil des grandes avenues contrastant avec le calme des temples et des quartiers préservés, les visages figés de la journée cédant à l'euphorie des soirées professionnelles arrosées, l'apparente bienveillance et sympathie masquant une rudesse et un nationalisme ancestraux...

L’arrivée ne fait sûrement qu’attiser une éventuelle passion pour ce pays. Tout d’abord, la rigueur de travail et la justesse des gestes, protocolisés à outrance, charment. Le « hanami », avec les cerisiers en fleurs au mois de mars, conduira tout bon Français à se demander comment aimer la France avec la même ferveur qu’avant cette expérience ?

Pas facile au départ de voir objectivement la dureté de la société japonaise, intransigeante et pour le moins fermée. Il faut du temps pour comprendre les « Gaijin » (« étranger » avec connotation méprisante) lancés aux blancs et pourquoi leurs poubelles ne sont jamais ramassées devant leur porte… Il faut du temps aussi avant de prendre à cœur les remarques négatives sur l’« Ouest » (qui signifie le reste du monde en réalité) : notre mauvais niveau d’endoscopie, notre surpoids quasi systématique à leurs yeux, notre laxisme, notre égoïsme et notre fainéantise légendaire, toujours selon eux. Ces remarques, si elles ne sont pas frappantes tout de suite, deviennent rapidement pesantes.

Le rythme et l’organisation du travail sont aussi déroutants. Impossible d’entendre le moindre conflit en public, de percevoir une quelconque opposition au patron, qui lui peut rabaisser, en revanche, ouvertement les autres médecins… Amélie Nothomb disait-elle vrai ? L’honneur et le travail passeraient-ils bien avant le bonheur au Japon ? C’est bien la sensation que l’on retient en tout cas après plusieurs mois de fellowship là-bas.

Les Japonais passent la plus grande partie de leur journée sur le lieu de travail, de très tôt le matin jusque très tard le soir. Ils dînent souvent entre collègues puis reviennent travailler jusqu’au milieu de la nuit, délaissant complètement les tâches familiales. Difficile pourtant d’être impressionné par ce rythme car les choses se font très doucement, avec plusieurs médecins pour regarder l’intervention de leur collègue, de nombreux temps de discussion, de réflexion, de repos…

Ils reviennent sur le lieu de travail le dimanche, ont de nombreux congrès et démonstrations, mais ne tiendraient probablement pas une journée au rythme de nos unités françaises, finalement. Le leur est cependant très confortable pour écrire et lire des articles, avec de nombreux « temps morts » dans la journée.

Malgré l’obtention de la licence de travail japonaise, la participation à l’activité clinique pour les étrangers est très restreinte avec par exemple seulement 18 interventions pratiquées sur les 10 mois, laissant ainsi beaucoup de temps pour les travaux d’écriture scientifique (par exemple, plusieurs articles nous ont été confiés pour relecture ou refonte selon les cas, avec parfois une implication forte pour comprendre l’idée exprimée dans un anglais plus qu’approximatif… mais sans jamais associer nos noms aux publications, si ce n’est dans les remerciements ! Déroutant…)

Concernant les échanges en anglais justement, ils sont très souvent imprécis et l’incompréhension peut grandir à vue d’œil… Seuls quelques médecins sont en réalité capables de mener une discussion de manière fluide. Du coup, ils deviennent des interlocuteurs privilégiés au risque de les monopoliser et de les mettre mal à l’aise vis-à-vis des autres. Mais lorsque les échanges sont limités à quelques personnes un peu plus ouvertes, cela peut entretenir encore l’image accueillante que l’on peut avoir de ce pays.

Pour appréhender THE choc :
Dernier conseil donc avant le départ  faire des exercices de silence prolongé, d’indifférence totale, d’inactivité parfaite avec voyage intérieur…

Une version au féminin encore plus rude…
Le Japon a une société où l’ensemble des responsabilités publiques sont assumées par des hommes, et où la femme a surtout un rôle d’éducation des enfants. Quelques exceptions existent cependant dans les services spécialisés, mais ces femmes peinent à obtenir les mêmes opportunités que leurs collègues masculins. La femme doit aujourd’hui encore se marier avant 25 ans pour ne pas se couvrir d’opprobre, puis se consacrer à sa maison et aux enfants.  Ainsi, difficile d’être considérée quand on cumule autant de tares à leurs yeux, à savoir :  être une femme européenne, blanche, en union libre et en plus médecin généraliste… Du coup, la place  toute trouvée est celle de la plante verte, devant laquelle on parle en japonais sans s’y intéresser…

Source: 

*Bonjour !

Portrait de Clémentine Gandilhon
article du WUD 23

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