#JusticePourNaomi : le Samu dans la tourmente

Erreur personnelle ou collective ?

Le 29 décembre dernier à Strasbourg, une jeune mère de 22 ans, Naomi Musenga, est décédée après un refus de prise en charge du Samu. Son appel de détresse n’a pas été pris au sérieux par l’opératrice, comme en témoigne l’échange téléphonique accablant dont l’enregistrement vient d’être rendu public.

J’ai personnellement affronté deux situations d’urgence ces derniers mois, depuis mon domicile en banlieue parisienne. Le plus récent, une altercation d’un jeune couple juste sous mes fenêtres, un samedi soir vers deux heures du matin. Les coups commençant à pleuvoir, un appel au 17 s’imposait : « Désolé, nous n’avons pas de voiture disponible, rappelez si ça dégénère ». J’ai dû descendre pour m’interposer.

Quelques mois plus tôt, toujours en soirée le week-end, au même endroit, une amie qui se sentait extrêmement fatiguée depuis plus de 24 heures et essoufflée depuis quelques heures commence à ressentir des nausées, des douleurs irradiantes dans l’épaule et le bras gauche, et présente un rythme cardiaque élevé. Appel au 15 : « Quelle quantité d’alcool avez-vous bue ? Rien du tout ? Je vous envoie quelqu’un ou pas ?? », demande séchement le médecin-conseil visiblement agacé. L’histoire s’est terminée avec SOS médecins, l’interlocuteur du Samu n’étant clairement pas enclin à envoyer une ambulance. Diagnostic : péricardite, pas d’urgence vitale.

Naomi Musenga n’a pas eu cette chance. Le 29 décembre dernier, prise de violentes douleurs abdominales, de fièvre et totalement asthénique, elle appelle le Samu de Strasbourg, qui refuse de la prendre en charge et la dirige vers SOS médecins. La jeune femme sera finalement prise en charge bien plus tard, après l’appel du médecin de SOS médecins au Samu. Elle décèdera à l’hôpital cinq heures après son premier appel d’une « défaillance multi-viscérale sur choc hémorragique », d’après le rapport d’autopsie.

"Vous allez mourir, comme tout le monde"

L’histoire aurait pu passer inaperçue, si Heb’di n’avait pas publié l’enregistrement de l’échange entre Naomi et l’opératrice. Un échange accablant pour le Samu rattaché aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. « J’ai très mal, je vais mourir », peut-on entendre de la jeune femme, avec une voix presque éteinte. La réponse lapidaire et sèche de la régulatrice : « Oui, bah vous appelez un médecin. […] Oui, vous allez mourir, certainement un jour, comme tout le monde. Appelez SOS médecins. […] Ça je ne peux pas le faire à votre place ».

Peut-être plus choquant encore, l’échange entre le Centre de traitement de l’alerte et la régulatrice, avant le transfert de l’appel de Naomi, lui aussi enregistré. Une discussion légère face à l’urgence : « — Elle a appelé la police, parce qu’elle avait la grippe ? — Elle m’a dit, elle va mourir, alors… ». Le tout entrecoupé de rires moqueurs.

L’Igas sur le coup

Le décès de la jeune femme et le manquement grave du Samu sur sa prise en charge choquent, et font réagir, tant les anonymes que les autres. Sur Twitter, Agnès Buzyn s’est dite « profondément indignée par les circonstances du décès ». La ministre annonce qu’elle a demandé « une enquête de l’Igas sur ces graves dysfonctionnements », et s’engage à fournir toutes les informations à la famille.

Après la crise des urgences hospitalières, cet évènement ajoute de l’inquiétude quant à la capacité des services d’urgence français à être encore performants et à répondre à leur mission publique. Que ce soit avec la police ou le Samu, peut-on encore avoir l'assurance d'être secouru ? La véritable question qui se posera lors de l’enquête sera la suivante : s’agit-il d’une erreur humaine, ou le dysfonctionnement est-il le symptôme d’un mal plus grand ?

Se redonner les moyens de faire des erreurs

L’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) semble connaître la réponse. Dans un communiqué de presse, elle demande à rencontrer la ministre de la Santé « pour trouver des solutions aux problèmes de régulation médicale ». « Les moyens doivent être mis en place pour avoir des régulations médicales modernes et répondant à des critères de qualité », poursuit-elle.

Interrogé sur France Info, Patrick Pelloux, président de l’Amuf, a précisé ce communiqué. Pour lui, même si l’organisation du Samu n’est pas à remettre en cause, le manque de moyens est réel. « On ne peut pas dire que c’est normal d’avoir le même nombre de personnes qui répondent au téléphone au Samu quand on avait 10 millions d’appels et quand on en a 30 millions aujourd’hui », a-t-il notamment souligné.

Le nombre d’appels augmente d’environ 10 % par an, mais pas celui de sorties – qui stagne autour de 550 000 –, d’après les chiffres des Statistiques annuelles des établissements de santé (SAE). Et le cas de Naomi n’est pas isolé, à en croire les témoignages sur Twitter et d’autres repris dans la presse. Les régulateurs du Samu devraient avoir les moyens de pêcher par excès de prudence que l’inverse. Mais cela ne semble plus être possible, d’autant plus en période de fêtes, alors que de nombreux cabinets de ville sont fermés et que les appels affluent au 15.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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