Jacques Levraut, nouveau président de CME à Nice : « La communauté médicale a besoin de se reparler »

En juin dernier, Jacques Levraut, chef du département de médecine d’urgence du CHU de Nice, a été élu président de CME. Un mandat qui gravite autour d’une ambition transversale de dialogue.

Cela fait trois mois que le Pr Jacques Levraut porte fièrement le titre de Président de Commission Médicale d’Établissement du CHU de Nice. Un rôle de premier plan auquel cet anesthésiste-réanimateur ne se destinait pas. « Si on m’avait dit un jour que je serais président de CME, j’aurais répondu : « vous vous trompez de personnage », s’amuse-t-il aujourd’hui, confortablement installé derrière l’un des nombreux bureaux de l’hôpital Archet 1.

Devenu il y a quelques années chef du département de Médecine d’Urgence, celui qui a passé un grand bout de sa carrière à arpenter les services de réanimation a pourtant changé de vision. « La réa’ est un service assez fermé et protégé. Prendre la tête des Urgences m’a permis d’avoir une approche plus collective et institutionnelle, livre-t-il. Ça m’a permis de me rapprocher des services et de comprendre leurs problématiques. » Un apprentissage enrichissant dont le futur Président de CME retire une interrogation : « Pourquoi pas moi ? » « Je me suis présenté. Et à ma surprise, j’ai été élu », se félicite-t-il désormais.

Il faut le dire : il y a beaucoup de dissensions historiques entre la CME, la faculté et les services

Un mandat de quatre ans que le sexagénaire souhaite dédier au rassemblement. « La communauté médicale a besoin de se reparler. Il faut le dire : il y a beaucoup de dissensions historiques entre la CME, la faculté et les services », explique celui qui voit également d’un bon oeil l’implication de son directeur dans la remédicalisation de la gouvernance. Une « perte d’énergie » qui empêcherait la création de nombreux projets. « Autant la garder pour construire des choses autour du patient, sur le parcours patient, sur des projets innovants et qui donnent envie. » Dans son viseur notamment ? Le rapprochement espéré des biologistes et des cliniciens. « Il y parfois des pôles qui ont été créés pour une raison géographique mais qui n’ont pas vraiment de sens sur le plan médical. Cela créé des services qui se parlent peu », détaille-t-il.

Pour lui, pas de doute : la culture du public niçoise a pâti de ces guerres de chapelle. « Quand il y en a qui se déchire, il y en a d’autres qui en profitent pour se développer », résume Jacques Levraut, qui souligne l’ « emprise » des structures privées. « J’ai envie de défendre le service public auquel je suis attaché fondamentalement pour des raisons de valeurs qui m’animent depuis que je suis jeune », insiste le Président. Et d’ajouter : « On a autour de nous beaucoup d’ESPIC qui ont une vocation de service public. Je pense que c’est important de s’en rapprocher. »  Une association fructueuse qui pourrait permettre aux structures publiques niçoises de rayonner. « C’est déjà une dynamique qui avait débuté avant ma mandature, mais c’est quelque chose que je souhaite poursuivre. »

 Je pense que gouverner, c’est prévoir

Sous plan blanc depuis plus d’un an, la défense du CHU de Nice - éprouvé par la crise sanitaire - passe aussi par sa réinvention. « Je pense que gouverner, c’est prévoir. Il ne faut pas se leurrer : avec la déforestation et les mouvements de population, on connaîtra d’autres crises sanitaires », explique-t-il. Un paramètre qu’il souhaite prendre compte dans la construction de l’hôpital Pasteur 2 de demain. « Nous souhaitons notamment construire un service de maladies infectieuses à transformer en réa’ éphémère », explique-t-il. Si ce projet est toujours « en discussion », Jacques Levraut a pourtant commencé à mettre sur pied des « plans B » pour éviter de ponctionner les ressources des blocs opératoires. « L’idée est de former le personnel paramédical aux soins de base de la réanimation. On a entrepris un programme de formation avec le CESU », détaille-t-il. Quelques infirmières à peine formées, le projet a malheureusement été suspendu pour raisons d’absentéisme et de vacances estivales. « Mais l’idée reste là et entière », précise le président.

Une ambition de rebattre les cartes qui passe aussi par bouger les murs ! « C’est un secret de polichinelle, mais je pense aussi que le site de l’Archet 1 n’a pas d’avenir », explique le PCME, avant d’énumérer les failles du site. « L’Archet, c’est un très bel hôpital mais c’est tout en haut d’une colline. C’est vétuste, pas totalement aux normes antisismiques et il y a de l’amiante. De toute manière, il va falloir le refaire ». L’occasion donc de rapprocher les différentes structures autour d’un lieu unique. « Je vois plutôt l’avenir sur la Plaine du Var », indique Jacques Levraut. Un projet ambitieux, nécessitant discussions, arbitrages, fonds et temps, que le Président ne croit pas pouvoir voir émerger sous son mandat. « J’ai 62 ans, donc je vais faire un mandat. Pas deux. Mais j’ai envie de laisser aux plus jeunes équipes quelque chose qui leur permettront de rêver et d’avoir envie de travailler. »

Portrait de Julia Neuville

Vous aimerez aussi

Alors que la population compte 1 à 2 sourds profonds pour 1000 personnes, les contours de leur prise en charge en soins courants restent flous. Et...

Après le Rhône et les Alpes Maritimes, c’est au tour de dix nouveaux départements de devenir le terrain d’expérimentation de la carte vitale...

Au CHU de Nice, les services d’infectiologie et de réanimation ont été pris d’assaut cet été. Un effervescence épidémique qui a convaincu la région...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.